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l'art rappelle que l'homicide est une activité humaine qui s'inscrit dans
une espèce de banalité. L'homicide est essentiellement humain et la
seule question qui se pose à son sujet est de savoir s'il faut le classer
dans la catégorie des homicides interdits, tolérés ou encouragés par tel
système de normativité.
Il existe un accord sur la nécessité sociale de tuer. Le juriste comme
l'homme d'Église sont contraints d'avouer qu'il est des cas où
l'homicide s'impose : guerre juste, peine de mort, légitime défense...
L'embryotomie signale un domaine particulier de l'homicide
socialement contrôlé, dont l'originalité est l'obligation de choisir entre
deux vies par l'outil chirurgical : intermédiaire entre la légitime
défense et l'avortement, l'embryotomie se situe au coeur d'une
problématique où les normativités rencontrent les sciences de la vie.
En choisissant de sacrifier la mère, l'opérateur aurait choisi de faire
apparaître sur la scène juridique un être qui eût été reconnu comme une
personne juridique. En décidant que le cas de la mère relevait de
l'embryotomie, l'accoucheur décide en fait - c'est l'étymologie qui en
fournit le premier indice en faisant régresser l'enfant au stade de
l'embryon - qu'il faut délivrer la parturiente d'une chose vivante
menaçant son existence.
Réglons d'abord la question préjudicielle, à savoir que le droit de
tuer les enfants est, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'opinion
publique, l'un des aspects de la paix des familles. Pour les associations
qui prétendent défendre les enfants victimes de criminels, il est hors de
question de mettre en cause le droit des parents de tuer leurs enfants, ni
d'attirer l'attention sur ce que la famille est un groupe humain où l'on
risque beaucoup de se faire tuer (un homicide volontaire sur quatre)2.
Pour l'opinion commune, la question importante est de savoir si
l'enfant a été tué par un étranger à la famille. Dans l'affirmative, elles
se déchaîneront contre celui qui aura privé des parents d'un objet
d'affection. Mais, si des parents tuent leurs enfants, non seulement les
vociférantes organisations ne trouveront rien à redire, mais il se
trouvera suffisamment de braves gens pour former un comité de
défense des parents meurtriers3. En gros, l'enfant apparaît comme un
2.C. CHESNAIS, Histoire de la violence en Occident de 1800 à nos jours, Paris, Robert
Lafon, p. 79.
3Divers cas ont été signalés, dans l'actualité récente, de comités de défense créés pour
soutenir des parents ayant tué des enfants qu'ils ne pouvaient plus supporter, le cas typique
étant celui de l'enfant drogué rançonnant ses parents.
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