1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

(obstetrix) donna l'obstétricie (d'obstetricia: les fonctions de la sage- femme), aujourd'hui abandonnée au profit de l'obstétrique. Ainsi l'accouchement, ce qui le précédait et ce qui le suivait, tout cela était une affaire de femmes. Certes, le droit pénal réprimait l'avortement et l'infanticide. Encore fallait-il que le juge ou le curé soit mis au courant de la chose, c'est-à-dire que le monde féminin de l'obstétrique se soit transformé en tribunal des femmes et que celui-ci ait accepté de soumettre le cas à la justice des hommes.
Une affaire rapportée par Alfred Soman
5laisse soupçonner bien des choses au sujet de ce qui se passait en France au début du XVIIIe siècle. Pourquoi les hommes du village ont-ils tant tardé avant d'avertir la justice royale de la découverte d'un cadavre de nouveau-né? Parce qu'ils ont d'abord saisi les femmes de l'affaire et que le tribunal des femmes a en l'occurrence jugé que la mère était réellement coupable. Mais derrière ce cas de condamnation par la justice des femmes, combien d'acquittements dans ces nombreux cas d'avortements ou d'infanticides chez de pauvres filles de ferme séduites ou contraintes par leur maître? On comprend alors pourquoi, jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la question de l'embryotomie n'a pas semblé avoir d'importance de pratique. Quand l'accouchement tournait au drame, on faisait appel au chirurgien. Pour lui demander d'extraire du corps de la femme un enfant mort. C'était d'ailleurs le grand grief des chirurgiens contre les sages-femmes : "Elles nous appellent trop tard!"6
Naïveté ou habileté? Les bruyantes querelles entre les médecins et les chirurgiens dissimulent le fait que les chirurgiens des XVIIe et XVIIIe siècles ont d'abord renforcé leur position sociale en s'en prenant à plus faibles qu'eux, à ces sages-femmes qu'ils entreprirent de contrôler, d'éduquer, pour finalement les remplacer ou les transformer en simples auxiliaires. Dans la même période, les curés, arguant de ce qu'une sage- femme devait parfois baptiser un nouveau-né,exigèrent d'avoir un droit de regard sur leur désignation, laquelle ne dépendait jusque-là que de l'acceptation par la communauté des femmes. Au début du XIXe

IMAGE imgs/baud.donner01.gif
5A. SOMAN, Sorcellerie et justice criminelle : le Parlement de Paris (16e-18e siècles), Hampshire - Brookfield, Variorum, 1992, p. 103.
6
Voir par exemple : "Le Mémoire du chirurgien Dussaix (1776-1786)" publié par F. BÉNÉ, Histoire et médecine en Savoie du Nord au XVIIIème siècle, Fayence, Sirius (coll. Sabaudiae documenta/ 1), s.d., p. 51-58

4