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lorsqu'il naît vivantet, dans certaines législations, viable. Cette distinction fait de la vie humaine une valeur distincte de la personnalité juridique : l'archaïque mort civile, l'actuel régime de l'absence, la situation de l'enfant né non viable (au moins en droit français) et celle du foetus sont des cas où les êtres humains ne sont reconnus comme des personnes juridiques mais où leur vie est protégée dans les limites légales traditionnelles.
Le droit canonique ne distingue pas l'être humain de la personne juridique, mais il défend lui aussi la vie comme une valeur indépendante de l'existence de l'être humain et, a fortiori, de la personne juridique. C'est ce qui explique qu'il ait pu, du XVIIe au XIXe siècle, hésiter sur le moment de l'animation de l' embryon
11, tout en condamnant l'avortement dès les premiers instants de la conception12. Depuis que le droit canonique a abandonné la théorie aristotélicienne de l'animation différée du embryon (40 ou 80 jours selon que l'on est garçon ou fille), il considère que, dès l'instant de la fécondation, l'être humain doit à l'apparition de son âme la qualité de sujet de droits. L'embryotomie pose donc la question du droit de l'enfant dans le sein de sa mère. Pourquoi son droit à la vie serait-il moins respectable que celui de sa mère? Celle-ci peut-elle évoquer la légitime défense contre cet enfant qui la déchire? Mais la légitime défense n'excuse l'homicide que lorsque l'agression est injuste. Commentpeut-on qualifier d'injuste agresseur un enfant qui naît? N'y aurait-il pas au contraire une faute de la mère? Car on ne s'engage pas dans la maternité lorsqu'on n'est pas certain que son bassin puisse aisément laisser sortir le fruit de ses entrailles :
"D'autre part, le danger dans l'accouchement ne
provient pas précisément de l'enfant, mais de la mère,
propter angustiam pelvis."
Nous y voilà : l'innocence de l'enfant dénonce la culpabilité de la mère, et une culpabilité qui va bien au-delà de la faute de négligence.

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11Voir sur la contrverse relative à l'animation de l'embryon : J. ROGER, Les sciences de la vie dans la pensée française au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 1993, p. 109-114 et 137 ; A. FAGOT-LARGEAULT et G. DELAISI DE PARSEVAL, "Quest-ce qu'un embryon? Panorama des positions philosophiques actuelles", in Esprit, juin 1989, p. 92- 96.
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Le 2 mars 1679, Innocent XI a clairement précisé que la condamnation de l'avortement était indépendante de la théorie de l'animation de l'embryon : cf. A. BEUGNET, in Dictionnaire de théologie catholique, I, 2 (1931), art. "Avortement", col. 2648.

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