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Le corps, chose au milieu des choses

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Ainsi, si nous sommes restés dans une relation de chose à chose
en ce qui concerne l'utilisation physiologique de l'air, cette
relation est devenue de personne à chose dans les autres
hypothèses. Les systèmes juridiques peuvent en effet s'opposer à
certains usages ou demander des comptes à la suite d'un
dommage subi par un élément qui, confronté désormais à des
sujets de droit, tend à entrer dans le moule de ce que le juriste
appelle des choses. Il faut espérer que cette entrée restera
partielle ; la contraire signifierait qu'on en soit venu à un stade
de destruction de l'environnement tel que l'on doive acheter
l'air que nous respirons. Il est vrai qu'il y a deux siècles on

jugeait scandaleux de devoir acheter de l'eau potable...
Si l'existence biologique et l'activité humaine peuvent
nuire à l'environnement, la mort aussi est source de nuisances,
mort qui retient ici notre attention en ce qu'elle annonce, dans la
plupart des cas, et pour l'essentiel du cadavre, le grand retour
du corps parmi les choses. Immédiatement après le décès, le
corps fait l'objet de droits divers et parfois concurrents, volonté
du défunt qui a décidé de ce qu'on ferait de son corps, droits de
la famille qui partage son propre droit de propriété avec la
collectivité nationale(depuis la loi Caillavet du 22 décembre
1976). Ce rapport de personnes (les survivants) à chose (le
cadavre) peut se prolonger pendant des siècles en cas de
momification. Le plus souvent le cadavre sera abandonné à la
putréfaction, à moins qu'on ait accéléré le processus de retour
au sein des autres choses par la crémation. Chose parmi les
choses, poussière redevenue poussière...
12
Lorsqu'un archéologue découvrira, dans quelques
siècles, les ossements de l'un de nos contemporains, ceux-ci


IMAGE Imgs/baud-le_corps01.gif

12Voir, au sujet des réticences des juristes face au cadavre : J.P. BAUD,
L'affaire de la main volée. Une histoire juridique du corps, Paris, Le
Seuil, 1993, p. 31-47.