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Jean-Pierre BAUD

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seront peut-être négociés, marchandés et finalement vendus.
Pourtant le corps en question n'aura pas changé de nature
juridique depuis le jour de sa naissance. Entre l'instant du décès
et celui de la négociation, il y aura eu le choc de la nouvelle,
l'affliction des proches, les cérémonies, les discours, l'éloge
dans la presse. Mais tout cela n'aura concerné que les vivants.
Le corps, lui, aura subi une force de dilution au sein des choses,
réalité physico-chimique qui, après le temps nécessaire pour que
s'estompe l'être dans la mémoire des vivants, laisse apparaître

dans sa froide
réalité, cette chose unique, mais chose quand

même, qui fait le corps de l'homme.


LES CHOSES DANS LECORPS


J'ai encore à dire une chose bien grotesque : la digestion

n'est pas une opération juridique.
On ne peut obtenir une restitution (à distinguer d'une
contrepartie) de celui qui a mangé ou bu ce qui n'était pas à lui.
Mais celui qui avale un diamant volé ou celui qui - c'est
aujourd'hui fréquent - utilise son rectum pour dissimuler de la
drogue, ceux-là peuvent se voir mis en demeure, par des
fonctionnaires de police ou de douane, de restituer ou de livrer
ce qui est illégalement contenu par leur corps. En revanche, le
droit français a bien établi qu'une prothèse était tellement
intégrée au corps qu'elle était protégée par le principe de
l'inviolabilité corporelle. On voit ainsi qu'il est deux façons
d'intégrer des choses au corps, la première est physiologique,
c'est-à-dire que le droit ne peut s'y opposer : l'action
d'intégration ne met alors en jeu que les forces propres aux
choses. En revanche, quand l'intégration ne peut s'opérer
physiologiquement, il est alors nécessaire, si la présence de la
chose dans le corps est nécessaire, d'utiliser la force du droit.
Une fiction juridique conduira à considérer comme corporelle