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de son corps et que les médecins, qui avaient prélevé pendant
sept ans ses cellules uniques au monde, en étaient devenus
propriétaires et avaient pu les faire breveter20. Ces médecins

avaient en fait commis un acte de la même nature que celui qui,
consiste à mutiler un enfant de ses yeux ou d'un de ses reins. On
sait qu'un tel trafic d'organe existe en Amérique latine et que, si
les auteurs de pareils crimes peuvent effectivement être
condamnés pour mutilation, ils sont, au regard de cette curieuse
conception de la dignité humaine, devenus propriétaires des
organes prélevés. D'ailleurs il y avait eu dans l'affaire Moore

un prélèvement, vraisemblablement abusif, de la rate.
C'est parce qu'elle censure la réalité corporelle qu'une
telle conception de la dignité humaine aboutit à des résultats
aussi catastrophiques. Au contraire le grotesque, qui voit le
corps au milieu des choses, permet d'évacuer les censures et de
découvrir que, sous le nom de dignité humaine, on n'a eu, bien
trop souvent, que la survivance d'antiques interdits. Lorsqu'on
cesse d'utiliser cette notion pour moderniser l'antique
topographie de la sacralité corporelle, on s'aperçoit que rien
n'autorise, lorsqu'il n'est pas question des conséquences
physiologiques, à plus protéger le sang que les cheveux. Les
femmes qui, accusées de collaboration, ont été rasées à la
Libération, ces femmes auraient-elles été plus atteintes dans leur
dignité si on leur avait imposé de donner un peu de leur sang
pour les blessés de guerre, comme la loi l'a prévu pour ceux
qui, du fait des circonstances de cette période, n'avaient pas fait
de service militaire (loi du 14 avril 1954)? Mieux encore, les
marchandises qui sont maintenant intégrées au corps peuvent
être fortement liées à la dignité humaine : celle-ci peut être


20D. BORILLO, L'homme propriétaire de lui-même. Le droit face aux
représentations populaires et savantes du corps, thèse, Strasbourg (Atelier
national de reproduction des thèses de Lille), 1991, p. 290-304.
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