(Titre III - L'Europe et l'Empire colonial Chapitre I -
L'Occident à la découverte du monde)
Section I - La connaissance du monde dans
l'Antiquité
Parmi les légendes à
détruire, siège en bonne place le fait qu'on aurait
cru, jusqu'aux grandes découvertes de temps modernes, que la
terre était plate. En fait, la rotondité de la terre
était une théorie philosophique remontant à
Pythagore et développée par Platon, théorie
expliquant certains faits expérimentaux (disparition du navire
à l'horizon) et confirmant une théorie
géométrique à la limite de la croyance : la
sphère était la forme parfaite.
Mieux, les Grecs, dans ce foisonnement
scientifique d'Alexandrie (rencontre de la philosophie grecque et de
la science égyptienne), parvinrent à faire un calcul de
la circonférence du globe terrestre, dont le résultat
n'est nullement ridicule au regard des moyens dont on disposait
alors.
§ 1 - Eratosthène
- Eratosthène, qui vécut aux
alentours de 276-195 av. J.-C., fut l'auteur de ce tour de
force.
- Vivant à Alexandrie, des voyageurs lui
apprirent qu'un certain jour, à Assouan, à midi, on
pouvait apercevoir le soleil au fond d'un puits, alors qu'on ne
constatait rien de tel à Alexandrie. Le fait, qui aurait
convaincu ceux qui n'auraient pas cru en la circularité de
la terre, fut aussi perçu comme offrant en outre la
possibilité de mesurer sa circonférence.
- Connaissant, la hauteur d'un obélisque
dressé à Alexandrie, Eratosthène mesura la
longueur de l'ombre que celui-ci projetait à terre,
à midi, le même jour de l'année suivante. Il
obtint ainsi un triangle ; et l'angle que faisait le sommet de
l'obélisque avec l'extrémité de l'ombre
donnait la fraction de circonférence terrestre
correspondant à la distance entre Assouan et
Alexandrie.
- L'angle était de 7, 2 : donc la
circonférence terrestre représentait 50 fois la
distance entre ces deux villes (7, 2 x 50 = 360). Malheureusement
il lui était difficile de connaître exactement la
distance entre Alexandrie et Assouan (5O jours de chameau).
Malgré tout il obtint un résultat de 250 000 stades,
ce qui donnait à peu près 45 000 kilomètres
(au lieu de 40 000, selon nos mesures actuelles). L'erreur
était importante mais, compte tenu des moyens de
l'époque, nous pouvons juger le résultat
sidérant.
§ 2 - Ptolémée
- Au IIe siècle de notre ère,
Ptolémée découvrit qu'Eratosthène
avait surévalué la circonférence terrestre.
Il refit les calculs, mais en sous-évaluant
exagérément : 28 800 kilomètres.
- En outre il dessina une Asie qui s'allongeait
exagérément vers l'Est.
- C'est cette géographie de
Ptolémée qui fit croire à Christophe Colomb
que l'Asie était deux fois plus proche qu'en
réalité dans un voyage vers l'Ouest.
Section II - Le programme scientifique du
Portugal
- Au XVe siècle, l'Occident se
lança dans de grandes entreprises de découverte.
L'objectif était économique : trouver de l'or et des
épices. Il était aussi religieux : agrandir le
territoire de la Chrétienté aux dépens de
celui de l'Islam. On croyait aussi en l'existence d'un certain
Prêtre Jean qui, à la fois roi et prêtre,
était censé prendre à revers les pays
d'Islam. Après l'avoir situé en Mongolie et en Inde,
on pensait finalement le trouver en Éthiopie (autre raison
de contourner l'Afrique).
- Le Portugal fut à l'origine de cette
immense entreprise. Ce petit royaume, coincé entre
l'Espagne et l'Atlantique, découvrit au XVe siècle
qu'il était contraint à s'imposer dans les parties
inconnues du globe, et d'abord en Afrique, continent alors inconnu
au-delà du Maghreb et dont on commençait à
soupçonner les richesses.
- Le maître d'oeuvre du programme fut
Henri le Navigateur (1394-1460), un infant qui ne régna
jamais. A partir de 1420, il installa à Sagrès le
premier centre de recherche qu'ait connu l'Occident : ouvrages
géographiques, cartes, instruments de navigation, journaux
de bord (qu'il rend obligatoires) et aussi construction navale
(invention de la caravelle, navire permettant enfin de bien
naviguer contre le vent grâce aux voiles "latines", voiles
triangulaires des petites embarcations
méditerranéennes).
- Les premiers obstacles à franchir
furent d'ordre psychologique. Au XVe siècle le cap Bojador
(sur la côte marocaine, au Sud des Canaries) était
considéré comme infranchissable, pour des raisons
que nul ne pouvait préciser. Entre 1424 et 1434, Henri
envoya 15 expéditions pour le franchir. Toutes
échouèrent pour des raisons totalement extravagantes
(vagues dans tous les sens, tourbillons provoqués par des
sardines! et autres...). Le jour où un seul navire franchit
le cap Bojador, tous les autres passèrent. C'était
un cap... psychologique.
- Après sa mort, l'oeuvre d'Henri le
Navigateur fut poursuivie par les rois du Portugal.
- En 1488, Diaz découvrit le Cap de Bonne
Espérance. Il démontrait par là que l'Afrique
ne se perdait pas dans les glaces du Pôle Sud : on pouvait
atteindre les Indes par voie de mer. C'est ce que réalisa
Vasco de Gama en 1497-1499.
- Quelques années plus tard les
épices, essentielles non seulement pour la cuisine mais
aussi pour la pharmacie, et qui étaient auparavant
transportées par les caravaniers arabes depuis les Indes
(puis chargées vers Venise), se trouvaient sur le
marché de Lisbonne à un prix cinq fois moindre que
sur celui de Venise.
Section III - Le coup de chance de Christophe
Colomb
- Mais, à l'époque, l'attention se
portait surtout vers la réussite du Génois
Christophe Colomb, dont le projet avait été
repoussé par le royaume du Portugal. Se fondant sur la
cartographie de Ptolémée, il croyait la Chine et le
Japon beaucoup plus proches qu'ils ne l'étaient en fait.
Les Portugais étaient persuadés de son
erreur.
- Mais le projet de Colomb fut accepté
par l'Espagne : compensée par la chance, l'erreur de Colomb
(qui se croyait entre la Chine et le Japon) allait faire
découvrir à l'Occident de quoi étendre son
empire bien au-delà de l'Atlantique.
- Au début du XVIe siècle, une
société savante de Saint Dié (dans l'actuel
département des Vosges) accepta la proposition de son
président Waldseemuler de donner au nouveau continent un
nom rendant hommage au navigateur qui avait complété
les découvertes de Colomb, Américo Vespuci :
l'Amérique était née.
Retour au plan du
cours