(Chapitre I - La
théorie de l'absolutisme)
Section I - La
théorie de l'absolutisme au XVIe siècle
§ 1 - Les
monarchomaques
- L'existence au XVIe
siècle des monarchomaques (étymologiquement : les
tueurs de monarques) démontre que la théorie de
l'absolutisme n'était pas une évidence.
- La doctrine des
monarchomaques était héritière de celle du
tyrannicide qui, dans l'Antiquité, définissait comme
un devoir civique le fait de tuer un tyran.
Démosthène en faisait le modèle du parfait
dévouement démocratique. Aristote y voyait une loi
de la nature.Cicéron s'en servit pour justifier
l'assassinat de César.
- Pour les
Chrétiens, le tyrannicide était en contradiction
avec le second commandement : «Tu ne tueras pas».
Les théologiens en débattirent et Thomas d'Aquin
proposa de distinguer l'usurpateur, qui pouvait toujours
être tué, du prince légitime, mais
exerçant son pouvoir de façon néfaste.
Celui-ci ne pouvait pas être tué. Cependant, s'il
était établi que le droit de choisir un prince
appartenait au peuple, celui-ci pouvait se révolter et
renverser le prince, sauf si cela risquait d'entraîner des
maux plus graves encore.
- Cette théorie
théologique fut combattue au moyen Age par les
"légistes" (juristes théoriciens du pouvoir royal)
qui tentèrent de la retourner en réservant le titre
de tyran à celui qui tentait de renverser le roi en place
et en justifiant ainsi l'assassinat politique voulu par le
monarque.
- Au XVIe siècle,
la théorie du tyrannicide reprit de la vigueur chez les
monarchomaques, dans le contexte des guerres de religion. Ce fut
d'abord une doctrine protestante, reprise par les catholiques
quand il y eut des rois protestants. Les monarchomaques ont en particulier développé
l'idée selon laquelle, si le roi persécutait la
vraie religion, il violait le contrat conclu entre Dieu et le
peuple et celui-ci pouvait donc se révolter. Il est
évident qu'une telle idée, particulièrement
répandue chez les Protestants français, a pu
inspirer, l'assassin d'Henri III et celui d'Henri IV.
- On retrouvera
d'ailleurs l'idée du tyrannicide dans les doctrines
Révolutionnaires, pour justifier la condamnation et
l'exécution d'un roi, mais aussi pour faire de
l'insurrection contre le tyran, quel qu'il soit, le droit et
même le devoir de tout citoyen (Déclaration des droits de
l'homme de 1789
et de 1793). On en trouve encore des traces chez les anarchistes
de la fin du XIXe siècle et chez ceux qui
complotèrent contre Hitler, et même contre le
général De Gaulle.
§ 2 - La
théorie de Jean Bodin
- Jean Bodin est
très représentatif de cette élite
intellectuelle qui, au XVIe siècle, commence à
fournir à la monarchie française, à la fois
ses meilleurs serviteurs et ses plus grands
théoriciens.
- Dans les
Six livres de la
République (1576), il sert indirectement
l'absolutisme en faisant une théorie de la
"république", dans le sens romain de la "chose publique",
c'est-à-dire de ce qu'on appellera bientôt
l'Etat.
- Pour lui, la
république est la première communauté humaine
où apparaisse la souveraineté, notion liée
à l'absolutisme, puisque, selon sa définition,
« La souveraineté est la puissance
absolue et perpétuelle d'une
république». La souveraineté implique
nécessairement le pouvoir de faire la loi, tous les autres
pouvoirs découlant de celui-ci. Elle s'incarne au mieux
dans la monarchie de droit divin.
- Jean Bodin est le
premier théoricien de l'absolutisme en ce qu'il prend bien
soin de le distinguer de la tyrannie. Il critique ceux qui
auraient voulu faire de l'Etat la propriété du
monarque. Les limites de la souveraineté royale ne
résident pas seulement dans les rapports entre Dieu et le
roi. Il existe aussi des limites humaines :
- à
l'intérieur, le respect des lois fondamentales
- à
l'extérieur, le respect des traités conclus et
les normes du droit des gens (pour rappel : droit commun
à l'ensemble des hommes)
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