(Chapitre I - La
théorie de l'absolutisme)
Section II - La
théorie de l'absolutisme au XVIIe siècle
Henry IV (1589-1610), Louis XIII
(1610-1643), Louis XIV (1643...)
Au XVIIe siècle, la
notion d'Etat s'impose dans la pensée politique. Le Moyen Age
et la Renaissance avaient progressivement dégagé une
réalité politique distincte de la personne du roi. On
avait successivement parlé du royaume, puis de la couronne et
de la république. Désormais la notion d'Etat s'impose
et c'est au regard de celle-ci que l'on doit percevoir le discours
absolutiste.
§ 1 - L'absolutisme, théorie
royale
A - Louis XIII
(Richelieu)
- La pensée politique de Richelieu est
celle de la raison d'Etat, notion qui reste attachée
à son oeuvre, bien qu'il n'en soit pas l'inventeur : il l'a
vraisemblablement empruntée au juriste italien Botero dans son ouvrage
Della ragione di
Stato
(De la raison
d'Etat),
publié en 1589 et traduit en français en
1599.
- L'idée
essentielle de Richelieu est que la puissance est la seule chose
nécessaire à l'Etat. C'est pourquoi le roi ne doit
supporter aucune opposition, et c'est pourquoi il doit
détenir tout ce qui fait la force du pouvoir politique,
principalement l'armée et les finances.
- C'est au regard de la
raison d'Etat que son pouvoir doit être absolu et que les
hommes ne peuvent lui opposer aucun principe, même
s'inspirant de la justice et de la morale. Le seul devoir du roi
est de penser et d'agir au regard de la raison d'Etat
- Richelieu comprend bien
que de tels principes ouvrent la voie à des abus. Mais ce
n'est pour lui qu'un moindre mal puisque les abus d'un pouvoir
fort ne font souffrir que des particuliers, alors que c'est
l'ensemble d'une société que met en danger un
pouvoir faible.
B - Louis
XIV
- En ce qui concerne le
critère de la raison d'Etat, la pensée de Louis XIV
s'inspire des idées de Richelieu. Mais elle s'en distingue
sur un point essentiel et, en fait, prévisible puisque
Richelieu parlait en tant que ministre et que Louis XIV tient un
discours de roi.
- Richelieu pensait que
le roi incarnait
le pouvoir absolu, mais qu'il ne pouvait en fait
l'exercer.
S'inscrivant dans une évolution, déjà visible
sous Henri IV (avec Sully), le temps de Richelieu était
celui où prenait forme l'idée qu'il fallait
auprès du roi un gouvernement homogène sous la
direction d'un "principal ministre" (nous dirions aujourd'hui
"premier ministre").
- Pour Louis XIV,
celui dans lequel
le pouvoir s'incarne est aussi celui qui doit
gouverner, et
cela parce que seul le roi peut connaître la raison d'Etat.
Pourquoi lui seul? Serait-il un humain d'une essence
supérieure? Effectivement, c'est réellement ce que
croit Louis XIV en réalisant une remarquable articulation
entre l'antique droit divin et la moderne raison d'Etat :
- la raison d'Etat est
un "mystère divin"
- seul le roi peut la
connaître parce qu'il y a un "mystère de la
monarchie"
- En conséquence
le roi doit s'occuper personnellement de tout : l'absolutisme
monarchique implique l'asservissement du roi au travail
gouvernemental. En d'autres termes, un roi fainéant ne peut
pas être un roi absolu.
- Signalons en outre que
Louis XIV n'aurait jamais dit "L'Etat c'est moi" et que cette
formule lui aurait été attribuée pour
condamner sa volonté de gouverner seul. Il aurait au
contraire bien fait la distinction entre lui et l'Etat, jusque sur
son lit de mort où il aurait dit : "Je meurs mais l'Etat
reste".
§ 2 - L'absolutisme, théorie
religieuse (Bossuet)
- La pensée de
Bossuet est originale en ce qu'elle ne part pas d'une doctrine
pour justifier les faits. Au contraire, c'est l'observation des
faits qui permet de découvrir et de justifier la
doctrine.
- Pour lui, les faits
nous font voir la puissance du roi et seul le droit divin permet
d'expliquer de tels faits.
- Si sa pensée
venait à l'appui des théories absolutistes du temps
de Louis XIV, Bossuet allait en fait beaucoup plus loin en ne
limitant pas l'absolutisme au seul régime monarchique
Chrétien :
- Toute forme de
gouvernement est de droit divin du moment qu'elle est
absolue.
- Cependant seule
la monarchie semble parfaitement adaptée à
l'absolutisme. En effet l'hérédité
empêche la vacance du pouvoir. En outre,
l'intérêt du roi étant lié
à l'intérêt de l'Etat, le roi ne peut
pas, sciemment, agir contre son intérêt.
- Le pouvoir absolu
étant le reflet de l'autorité de Dieu, le pouvoir
absolu chez les hérétiques ou même les
païens est voulu par Dieu.
- On peut dire ainsi que
Bossuet a dépassé les doctrines de l'absolutisme
d'Ancien Régime en se situant à la charnière
entre la philosophie antique et la pensée politique moderne
(la meilleure comme la pire).
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