(Chapitre I - La
théorie de l'absolutisme)
Section III - La théorie de
l'absolutisme au XVIIIe siècle
Louis XIV (...1715), Louis XV (1715-1774),
Louis XVI (1774-1792)
§ 1 - La « Séance de la
flagellation »
- Le 3 mars 1766, Louis XV a tenu un "lit de
justice" (explication plus loin en traitant des parlements) au
parlement de Paris. Ce fut pour lui l'occasion d'exprimer le
pouvoir absolu d'une façon si cinglante qu'on a
utilisé, pour désigner ce discours, la
métaphore de la "flagellation" :
- "C'est en ma personne seule que
réside l'autorité souveraine."
- "C'est à moi seul qu'appartient
le pouvoir législatif."
- "L'ordre public tout entier émane
de moi."
- Cette fameuse séance fit dire que
l'absolutisme était parvenu à son paroxysme sous
Louis XV. On peut cependant faire remarquer que Louis XIV aurait
pu s'exprimer ainsi, mais qu'il n'a jamais éprouvé
le besoin de la faire.
- En d'autres termes, Louis XV s'est
exprimé d'une façon aussi violente parce que, en
fait, son autorité était fortement contestée
et que le processus de la fin de l'Ancien Régime
était amorcé.
- Après avoir hautement proclamé
son pouvoir, il se révélera finalement incapable de
l'exercer.
§ 2 - Le despotisme
éclairé
- A la fin du XVIIe siècle, le mot
despotisme entra dans la langue française, pour
désigner le pouvoir absolu. Le mot "despote", lui, existait
depuis le XIIIe siècle : issu du grec "despotès"
(despoths), il désignait d'abord le pouvoir du chef de
famille et, par extension, le pouvoir absolu dans le domaine
politique.
- Le despotisme n'aurait donc été
qu'un synonyme de l'absolutisme s'il n'y avait pas eu, au XVIIIe
siècle, l'apparition simultanée de deux expressions
: le despotisme oriental et le despotisme
éclairé.
- Le despotisme
oriental est une nouvelle
définition d'une idée très ancienne,
tenant autant de la médecine que de la science
politique. Selon le médecin grec Hippocrate, il avait
une explication climatique des divers régimes
politiques.
- Le climat de l'Asie incitait à la
mollesse et à la soumission, alors que le climat
européen donnait de la force et cette vigueur
politique qui conduisait à s'occuper des affaires
publiques, à défendre sa cité et, par
là, à établir une
démocratie.
- C'est cette vieille théorie
climatique que Montesquieu a rajeunie au XVIIIe
siècle en développant le thème du
despotisme oriental : le climat aurait incité les
asiatiques à accepter un pouvoir arbitraire pouvant
aller jusqu'à la tyrannie.
- Mais ce n'est pas à la
démocratie que fut opposé au XVIIIe siècle
le despotisme oriental. Les philosophes des Lumières
n'étaient pas des démocrates. Leur point de
départ étant que, sauf quelques situations
exceptionnelles (Venise, Genève...), on ne pouvait
concevoir de pouvoir autre que monarchique c'est un
despotisme
éclairé qu'il fallait
opposer au despotisme oriental.
- En effet, comme le démontrait
l'ingénieur et géologue Nicolas-Antoine
Boulanger, le climat européen ne nous mettait pas
à l'abri du despotisme oriental. Selon lui, le
despotisme oriental était une menace permanente dans
tout système théocratique ou simplement de
droit divin. Il pouvait donc exister aussi bien dans le
système monarchique français que dans la Rome
papale. Pour éviter cela, il fallait donc que
l'absolutisme soit éclairé par les
"Lumières", c'est-à-dire par une pensée
philosophique dominée par la raison et que l'oeuvre
monarchique soit en permanence orientée vers le bien
du peuple.
- Au XVIIIe siècle, les philosophes
crurent trouver l'incarnation du monarque
éclairé chez Frédéric II de
Prusse, Catherine de Russie, et aussi chez d'autres princes
ou ministres en Autriche, en Suède, en Espagne, en
Piémont-Sardaigne, en Roumanie, au Portugal, et
même chez un simple médecin du roi au Danemark
(Christian VII, demi-fou, obéissait à son
médecin).
- Le problème est
qu'aucun roi
français ne trouvait sa
place dans cette liste.
Conclusion : Vers la
souveraineté nationale et l'absolutisme
étatique
Une autre idée ancienne devient importante
au XVIIIe siècle : il s'agit de la Nation. Elle était
apparue dans les universités médiévales pour
distinguer et organiser les étudiants en les regroupant selon
leur langue maternelle. Dans le courant du XVIIIe siècle, elle
devient un concept dominant la pensée politique. Dans les 20
dernières années de l'Ancien Régime, la Nation,
c'est-à-dire l'ensemble de la communauté humaine
formant le Royaume de France (et incluant aussi bien le petit peuple
que l'aristocratie et la famille royale) apparaît comme capable
de succéder au roi dans la gestion de l'Etat.
Notons aussi que, dans la Séance de la
flagellation, Louis XV avait rappelé que, si la lignée
d'Hugues Capet s'éteignait, il appartiendrait au peuple de
désigner un nouveau roi, attirant ainsi l'attention sur
l'origine électorale de la dynastie régnante.
Ainsi,
- La "liberté éclairée" va
remplacer le despotisme éclairé.
- La souveraineté nationale
va succéder à l'absolutisme monarchique.
En d'autres termes, l'Ancien Régime
à livré un Etat à
tendance absolutiste aux divers
régimes politiques qui se succéderont depuis 1789.
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