(Chapitre II - Les limites
de l'absolutisme)
Section I - Les lois fondamentales du
royaume
§ 1 - La théorie
- A la fin du Moyen Age, un certain nombre de
règles coutumières s'étaient formées
en ce qui concernait le domaine de la couronne et la succession au
trône. On les a appelé "lois fondamentales du
royaume" ou "lois fondamentales de la monarchie".
- Elles vont être
régulièrement rappelées par les Etats
généraux et par les parlements, instances qui ne
sont pourtant pas à l'origine de ces règles mais qui
rappellent l'existence de lois qui puisent leur force dans la
coutume.
- Il va être ainsi établi que le
roi possède le pouvoir législatif, mais qu'il existe
cependant des lois qui s'imposent au roi. Il y a ainsi, d'un
côté, les "lois du roi" et, de l'autre, "les lois du
royaume".
§ 2 - Les applications
A - L'inaliénabilité du domaine
de la Couronne
L'inaliénabilité (ou
indisponibilité) du domaine de la Couronne, qui a
été étudiée dans le cadre de la
période médiévale, fut rappelée au XVIe
siècle dans une grave circonstance. Sa portée fut
ensuite précisée sous le règne d'Henri
IV.
- A la suite de la désastreuse bataille
de Pavie (1525), François Ier fut fait prisonnier par
Charles Quint, lequel le contraignit, l'année suivante,
à signer le traité de Madrid par lequel, entre
autres, il cédait la Bourgogne à son vainqueur. Mais
une vigoureuse protestation des Etats de Bourgogne et d'une
assemblée de notables en France permit à
François Ier de conserver cette province.
- Sous Henri IV, la portée de ce qu'on
peut appeler la "théorie matrimoniale de la Couronne" eut
à être précisée. Il avait
été établi que le roi, en accédant au
trône, s'engageait dans les liens d'une sorte de mariage
mystique, en vertu duquel il abandonnait tous ses biens à
la Couronne. Le principe n'entraînait pas de graves
conséquences quand le fils succédait au père.
Il n'en allait pas de même lorsqu'on devait faire appel
à une branche collatérale. Lorsque Henri IV monta
sur le trône, il n'était pas tout à fait
certain de son avenir monarchique et, de ce fait, il eut la
tentation de conserver en propre ses possessions de Béarn
et de Navarre. Il dut pourtant se résoudre, dans un
édit de 1607, à abandonner à la Couronne le
patrimoine des Bourbons, ses ancêtres.
B - La dévolution de la
Couronne
En France, la couronne se transmet dans
la lignée d'Hugues Capet, par ordre de primogéniture
(l'aîné, puis le deuxième, puis le
troisième, etc.) avec exclusion des filles.
La dévolution de la couronne s'effectue
selon un système statutaire et non
héréditaire : si on
accède au trône, ce n'est pas parce qu'on a
hérité de la couronne, c'est parce que la loi de
dévolution vous y a appelé.
Ce principe entraîne un certain nombre de
conséquences :
1 - Le roi
ne peut pas abdiquer
Prisonnier à Madrid, François
premier voulut abdiquer en faveur de son fils. Sa libération
rendit sa décision sans objet, mais tout indique que les
parlements et le Etats généraux n'auraient pas
accepté l'abdication.
2 - Le roi ne peut pas
déshériter
C'est ce qu'avait tenté de faire le roi
Charles VI au traité de Troyes (1420) au détriment du
dauphin (le futur Charles VII) et au profit du roi d'Angleterre Henri
V. La question fut réglée militairement par les
victoires de Charles VII ; mais de toute façon les juristes
français ne l'auraient jamais admis. En revanche, le roi
d'Angleterre se fit appeler "roi de France et d'Angleterre"
jusqu'à la paix d'Amiens (1802).
3 - On ne peut pas
renoncer d'avance à la couronne
Le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV,
étant devenu roi d'Espagne, les Anglais lui imposèrent,
au traité d'Utrecht (1713), de renoncer à la couronne
de France. En fait la loi de dévolution ne l'appela jamais au
trône. Si tel avait été le cas, les juristes
français auraient considéré sa renonciation
comme sans valeur. Pour les Légitimistes (et pour un grand
nombre d'historiens du droit), le véritable prétendant
au trône de France est aujourd'hui Louis de Bourbon, duc
d'Anjou (cadre bancaire à Madrid).
4 - Le roi ne peut pas
choisir un successeur
Craignant de ne pas laisser un descendant
légitime vivant, Louis XIV avait, dans un édit de 1714,
déclaré aptes à lui succéder à la
Couronne les enfants naturels légitimés qu'il avait eus
avec madame de Montespan. Cet édit fut cassé par le
Parlement de Paris en 1717.
C - La catholicité du roi
- L'onction que recevait le roi au moment du
sacre faisait qu'il était inconcevable qu'il n'appartienne
pas à la religion catholique. Jusqu'au XVIe siècle,
il n'avait pas été utile d'exprimer formellement
cette règle d'évidence.
- Les choses vont changer avec le
protestantisme. En Allemagne et en Angleterre, le principe fut
établi que les sujets devaient avoir la même religion
que le roi ou le prince (principe "Cujus
regio, ejus religio").
- En France, il apparut sous Henri III que son
successeur devait être le protestant Henri de Navarre. C'est
pourquoi les Etats généraux de Blois (1588)
imposèrent à Henri III un "Traité d'union",
serment collectif interdisant à un hérétique
de monter sur le trône.
- Mais la loi de catholicité s'opposait
à la loi de dévolution. Le problème fut
réglé lorsque Henri de Navarre abjura en 1595 sa foi
protestante et put devenir ainsi Henri IV.
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