(Chapitre I - La
santé publique)
Section I - Les professions de
santé
§1 - La médecine
- Au Moyen Age la médecine a
été inscrite dans ces nouvelles institutions
d'enseignement que nous connaissons toujours sous le nom
d'universités. Certaines d'entre elles ont accueilli
l'enseignement de la médecine, mais pas des autres
professions de santé. En effet, le Moyen Age, suivant
l'exemple romain, divisait les activités en
libérales (dignes de l'homme libre : "arts libéraux"
des universités) et "arts mécaniques" (à la
fois manuels et mercantiles).
- Pour être acceptée parmi les
sciences universitaires, la médecine a dû se
séparer (en gardant cependant une fonction
d'autorité) de la chirurgie et de la pharmacie
reléguées dans les arts mécaniques. Les
chirurgiens (plus exactement les barbiers et les chirurgiens)
étaient, comme les pharmaciens (plus exactement
épiciers et pharmaciens) formés au sein de leurs
corporations respectives (avec un brevet de maîtrise, comme
dans toutes les autres corporations). Les médecins, eux,
pouvaient accéder aux divers grades distribués par
les facultés : baccalauréat, licence et surtout
doctorat ; ces grades étaient essentiellement des
diplômes d'enseignement (en France, jusqu'à la fin de
l'Ancien Régime, un médecin qui s'installait dans
une ville sans faculté de médecine pouvait ouvrir un
cours).
- L'Occident médiéval inventa une
hiérarchie des sciences en fonction de critères
religieux. La théologie était la première des
disciplines, en distinction mais aussi en autorité (les
autres sciences ne pouvaient pas contredire la religion, en Europe
jusqu'au XIXe siècle, et toujours dans certains Etats
arriérés des U.S.A.). Au Moyen Age la
médecine fut très dépendante de la science
arabe, d'où sa géographie savante : Ecole de Salerne
jusqu'au XIIe siècle, puis université de
Montpellier.
- Le XVIe siècle étant à la
fois un mouvement de bouleversement intellectuel et d'affirmation
des Etats modernes, la médecine suscita des vocations de
révolutionnaires et en sortit avec un nouveau cadre
intellectuel où, l'Etat succédant à l'Eglise,
les professions de Santé devenaient des "affaires d'Etat" :
derrière le statut des médecins, des chirurgiens,
des pharmaciens et des chimistes se profilait la moderne
administration de la Santé publique.
- Cette évolution s'est
accompagnée de bruits, de fureurs et de procès. En
effet l'Etat voulait promouvoir toutes les professions de
santé, à commencer par celles qui
présentaient une utilité immédiate
(chirurgie, pharmacie et chimie), alors que la médecine
voulait être la seule profession de santé qui soit
considérée comme une science. Le résultat fut
la constitution d'un empire scientifique administré (et non
pas dominé scientifiquement) par la médecine.
§ 2 - La chirurgie
- Pour l'ensemble des professions de
santé, le XVIe siècle fut celui du chirurgien
Ambroise Paré. Son extraordinaire réussite dans tous
les domaines de la chirurgie (même obstétrique et
chirurgie dentaire) fut dominée par sa gloire dans le
domaine de la chirurgie militaire (blessures par armes à
feu) et de la médecine légale. Mais le XVIIe
siècle fut celui de la réaction médicale
contre les chirurgiens ; les médecins obtinrent même
que les chirurgiens soient à nouveaux liés aux
barbiers.
- Cependant la promotion de la chirurgie
était en cours. D'abord, du fait de l'anecdote (la fistule
de Louis XIV remarquablement soignée par son chirurgien
Foelix) surtout par le détachement de la chirurgie de ce
qui touchait à l'esthétique (création au
XVIIe siècle de la corporation de barbiers-perruquiers,
ancêtres de nos coiffeurs) et son rapprochement
irrésistible, entre autres du fait de l'anatomie et de la
dissection, avec les disciplines savantes. C'est ainsi que,
malgré la protestation des médecins, fut
créé par Louis XV un collège, appelé
ensuite académie de Chirurgie (1748). Au XVIIIe
siècle, ce fut un lieu commun, chez les esprits
éclairés, que de réclamer la réunion
de la médecine et de la chirurgie.
- A noter que les barbiers-perruquiers
conservèrent quelque chose de savant qu'ils tenaient de
leur ancienne union avec les chirurgiens : jusqu'à la fin
de l'Ancien Régime, ils suivirent des cours à
l'Académie de chirurgie. Louis-Sébastien Mercier
remarquait plaisamment que, couverts de la poudre de perruque
(d'où le surnom de "merlan" pour le coiffeur), ils
laissaient une trace balisant le chemin de cette
Académie.
- Précisons en outre que la promotion de
la chirurgie se fit au détriment de l'autorité et de
l'indépendance des sages-femmes. A la fin de l'Ancien
Régime, la nouvelle profession de médecin-chirurgien
avait aussi pris en charge le domaine des accouchements.
§ 3 - La pharmacie
- Sous Louis XIII (1635) fut créé
le Jardin Royal des plantes médicinales (appelé
ensuite Jardin du roi et, depuis la Révolution,
Muséum d'histoire naturelle). On y donna des cours libres,
sur le modèle de ceux du Collège de France
(créé par François Ier).
- Notons aussi que la pharmacie ne fut
officiellement séparée de l'épicerie que sous
le règne de Louis XVI.
Retour au plan du
cours