(Chapitre I - La
santé publique)
Section II - Les Hôpitaux
§ 1 - Les établissements
d'assistance et de bienfaisance
- l'origine, l'hôpital est sans rapport
direct avec la santé, mais en relation directe avec la
charité chrétienne. Le principe étant que
tout établissement ou toute fonction ecclésiastique
devait consacrer le quart de ses revenus aux pauvres. Avant
l'urbanisation du XIIe siècle, les monastères
inscrivaient leurs pauvres sur un registre une (matricule) et les
pauvres "immatriculés" venaient recevoir
régulièrement leurs secours.
- L'urbanisation concentra nécessairement
les pauvres dans les villes. C'est ainsi que la majorité
des hôpitaux cessèrent d'être principalement
des lieux d'hospitalité (avec cette séquelle
jusqu'au XIXe siècle de l'existence de chambres pour
voyageurs) pour devenir des lieux d'accueil de la misère et
de soutien aux faibles (orphelins, femmes et enfants
abandonnés, vieillards). De plus en plus, le traitement de
la maladie fut lié au soulagement de la pauvreté,
d'abord parce qu'on ne meurt pas de faim mais par une maladie
causée par la faim, ensuite parce que seuls les malades
pauvres se faisaient admettre par les hôpitaux.
- Le problème essentiel était
celui de la subsistance matérielle. La charité
ecclésiastique était renforcée par la
charité des fidèles. De nombreux dons et legs
enrichirent les hôpitaux. Malheureusement, les effets
pervers de l'ensemble du système bénéficial
affectèrent aussi les hôpitaux : les titulaires des
bénéfices accaparèrent souvent les revenus et
laissèrent les établissements dans le
dénuement.
- Au sortir du Moyen Age, la situation
n'était guère brillante. Les circonstances
économiques, militaires et aussi les erreurs et abus
administratifs avaient ruiné les hôpitaux ; il
arrivait réellement qu'on y meure de faim. En outre le
recrutement du personnel hospitalier s'était
considérablement dégradé, tant sous l'angle
des compétences que sous celui de la
moralité.
- On comprend alors pourquoi les
autorités laïques de divers pays, et
particulièrement en France de l'administration royale,
durent intervenir. Le Grand aumônier du roi qui, jusqu'au
XVIe siècle, administrait les hôpitaux
créés par le prince, obtint un droit de regard -
nous dirions aujourd'hui une tutelle administrative - sur
l'ensemble des hôpitaux du royaume. Un autre pas vers une
gestion hospitalière relevant de l'administration publique
fut le fait que, à partir de 1543, la gestion
épiscopale fut remplacée par celle d'officiers
royaux.
- L'emprise étatique explique d'abord que
les hôpitaux aient été systématiquement
utilisés, notamment avec la création, au XVIIe
siècle par Louis XIV, des hôpitaux
généraux (à Paris La Salpêtrière
pour les femmes et Bicêtre pour les hommes), aient
été utilisés, disions-nous, comme des lieux
d'enfermement des asociaux. Il semblerait que le même Louis
XIV, en créant l'hôpital Sainte Anne et
l'hôpital Saint Louis, destinés aux
pestiférés, ait parallèlement inauguré
une politique hospitalière orientée vers la
distribution de soins. En fait, il s'agissait surtout, comme pour
les anciennes léproseries et les nouveaux asiles de fous,
de lieux de réclusion de certaines catégories de
malades : les pestiférés qui survivaient
après avoir refusé d'être hospitalisés
faisaient l'objet de poursuites pénales.
- A la veille de la Révolution, l'image
première qu'évoquait l'hôpital n'était
certainement pas celle d'un centre de soins. Sur 105 000
hospitalisés, on ne comptait en France que 25 000 malades ;
on devrait d'ailleurs dire des pauvres qui étaient en outre
malades; On y comptait en outre 40 000 enfants trouvés et
autant de vieillards sans ressources.
§ 2 - Les établissements
spécialisés
A - L'asile
- Nous savons que les hôpitaux
généraux servirent, entre autres, de lieux de
renfermement des fous. Mais rien n'était plus
étranger à l'idée d'asile (accueil pour
protéger l'individu) ; il s'agissait en fait de mettre
à l'écart pour protéger la
société.
- L'idée de protéger le fou dans
un asile vint en 1409 à un religieux espagnol, Juan
Gilaberto Jofré lorsque, selon le récit
traditionnel, il vit au cours d'un sermon des enfants
persécuter un fou. Il fonda alors l'ordre de Saint Jean de
Dieu, la seule congrégation soignante masculine, ordre
utilisé aujourd'hui à d'autres tâches
hospitalières, mais qui fut longtemps l'institution qui
parsema l'Europe d'établissements accueillant les fous. En
France, leur fondation la plus notable fut l'hôpital de
Charenton, au XVIIe siècle (moment important dans
l'histoire de l'hospitalisation des gens riches : ceux-ci devaient
y payer une pension entre 600 et 4000 livres).
- Malgré la
générosité de l'intention, le fonctionnement
était loin d'être parfait. Ne voyait-on pas des
familles parisiennes "aller voir les fous" le dimanche et soudoyer
le gardien pour qu'il les agite un peu grâce à
quelques coups de fouet?
B - L'internement
- Celui-ci pouvait être judiciaire, si la folie
était constatée à l'audience.
- Il pouvait être aussi administratif, souvent
à l'initiative de la famille et du voisinage (lorsqu'il ne
s'agissait pas d'un placement d'urgence). Par
l'intermédiaire de l'intendant ou, à Paris, du
lieutenant général de police, on demandait du Roi
une lettre de cachet (procédure dont était en fait
chargé le Secrétaire d'Etat à la maison du
roi). La lettre de cachet (mesure individuelle non soumise, comme
la lettre patente, à l'enregistrement des parlements)
permettait trop souvent à des familles de régler des
comptes parmi les moins avouables. Elles symbolisent beaucoup plus
l'arbitraire des familles que celui du roi.
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