Université Paris X - NANTERRE
Maîtrise : Histoire de l'administration publique
Professeur : Jean-Pierre Baud
(1er semestre de l'année 2007-2008) - IIe partie, titre III, chapitre 1
Chapitre 1
La sécurité civile sous l'Ancien Régime
¶ I - Les institutions municipales
Nous ne possédons pas d'étude consacrée au service de lutte contre l'incendie dans les villes de province sous l'Ancien Régime. Des thèses sont à faire en ce domaine, surtout au regard de l'importance prise par la sécurité civile dans le monde contemporain.
Compte tenu de ce qu'on sait sur la lutte contre l'incendie à Paris et des quelques éléments qui nous sont parvenus sur la province, on peut d'abord signaler l'importance, prévisible, des mesures de prévention.Dans ces villes particulièrement combustibles, l'essentiel était fait de mesures en matière de construction, et en particulier contre les toitures en chaume ou en bois (bardeaux, tavaillons). Mais, du fait du prix de la tuile et de l'ardoise, ces mesures demeurèrent en général lettre morte. Quant aux cheminées, elles demeurèrent un luxe jusqu'au XIXe siècle, période où elles furent imposées par la généralisation de l'assurance contre l'incendie.
Le guet et l'alerte furent les seuls secteurs réellement organisés en ce domaine. Traditionnellement, le tocsin du clocher donnait l'alarme et déclenchait la solidarité. Les villes du Nord pourvues d'un beffroi mettaient parfois en place des guetteurs déclanchant l'alerte avec une cloche ou une corne. De toute façon, les services municipaux de police mis en place par les communes dès le Moyen Age étaient chargés, et peut-être principalement, de police administrative : la surveillance des incendies était naturellement de leur ressort.
À Paris qui, du fait de son énorme masse de population, fut toujours la ville pionnière dans l'histoire de l'administration publique, les premières mesures datent du XIIIe siècle : parallèlement au guet royal chargé du maintien de l'ordre (rappelons que c'est aujourd'hui la Garde républicaine), il fut alors organisé un guet bourgeois, composé de membres des corporations, et chargé de surveiller la naissance des incendies. Au XIVe siècle, une partie du guet bourgeois fut appelée le guet assis : il s'agissait des postes de garde.
En ce qui concerne les moyens en hommes et en techniques, retenons d'abord l'importance de la solidarité et du volontariat. Illustré par le fait que, de nos jours, l'immense majorité des pompiers sont volontaires (207 000 sur 240 000) le constat n'étonne pas : la lutte contre l'incendie fut toujours une affaire de solidarité humaine. En ce qui concerne les moyens techniques, signalons que Charles V imposa aux habitants de Paris d'avoir au moins un seau d'eau près de leur porte d'entrée, soit pour étouffer un début d'incendie, soit pour collaborer à une chaîne afin de lutter contre un sinistre dans le quartier. En effet, avant l'invention de la pompe, on ne pouvait lutter contre l'incendie qu'en jetant des seaux et, beaucoup plus efficace, en détruisant ce qui brûle ou ce qui peut brûler avec des moyens de "sapeur", c'est-à-dire des piques et des pioches.
Pour concevoir un service permanent de lutte contre l'incendie, il faut disposer d'hommes mobilisables en permanence. On penserait à l'armée (nous verrons bientôt qu'il existe un lien), sauf à préciser que, jusqu'au XVIIIe siècle, les casernes n'existaient pas : les soldats étaient logés chez les habitants, de force (c'est ce qui a permis cette forme de répression appelée "dragonnades" chez les Protestants des Cévennes). En fait, les seuls hommes vivant en communauté dans les villes furent les premiers ordres urbains, les Dominicains et les Franciscains. Ces derniers, que les tâches matérielles ne rebutaient pas, furent ainsi, dans toutes les villes où ils furent implantés, les premiers soldats du feu.
¶ II - Apparition des pompiers de Paris
Il est parfois bon d'être simpliste : pour pouvoir parler de pompier, il faut avoir inventé la pompe! C'est que deux millénaires et demi se sont écoulés entre l'invention de la poulie pour remonter le seau du puits et celle de la pompe.
Au XVIe siècle, on a expérimenté la première machine permettant de projeter de l'eau contre des flammes : il s'agissait de grandes seringues dont l'inefficacité fut très vite démontrée. C'est en Allemagne qu'aux XVIe et XVIIe siècles furent inventées et perfectionnées des pompes aspirantes et refoulantes, à la fois efficaces et transportables. Au début du XVIIIe siècle, un technicien appelé Du Périer fit connaître l'invention en France. En 1712, Louis XIV le nomma "Directeur des pompes". Il se révéla très vite nécessaire de lui adjoindre un personnel permanent ; c'est pourquoi furent nommés, en 1722, 60 "garde-pompes". C'est l'origine lointaine de l'actuelle Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.
Au début de la Révolution, leur nombre était de 260. C'est alors qu'on pensa à les armer, d'abord d'un sabre, puis d'un fusil. Tel fut le début d'une histoire aujourd'hui bien oubliée, celle de l'utilisation des pompiers pour des tâches de maintien de l'ordre.