Université Paris X - NANTERRE
Maîtrise : Histoire de l'administration publique
(1er semestre de l'année 2007-2008) - IIIème partie, titre II, chapitre 1
Chapitre 1
La recherche scientifique sous l'Ancien Régime
¶ I - Au Moyen Age
§ 1 - La recherche dans les textes
Dire que l'étude des textes au Moyen Age n'appartient pas à la recherche signifierait qu'on ne considère pas comme de la recherche celui qui, aujourd'hui, travaille sur les hiéroglyphes ou sur les écritures cunéiformes.
En s'en tenant au droit savant, on constate que le premier travail de recherche concerne les ouvrages même qui composèrent les compilations de Justinien (le Digeste, le Code, les Institutes et les Novelles). Les bibliothèques furent systématiquement fouillées dans le but initial de trouver des arguments, au XIe siècle, pour alimenter la Querelle grégorienne (entre le Pape et l'Empereur germanique). Les ouvrages furent découverts par morceaux. C'est la raison pour laquelle on distingua jusque très tard le Digeste vieux de l'Infortiat et du Digeste neuf et que le les trois derniers livres du Code étaient distingués du reste.
Il fallut ensuite comprendre des textes écrits dans une langue latine différente de celle qui était utilisée par les érudits du Moyen Age, et au sein d'une culture et au travers de circonstances historiques presque totalement inconnues. C'est pourquoi les gloses (notes en marges) étaient, soit des explications littérales, soit, dans un premier temps des listes de références. En effet pour comprendre le texte, il fallait découvrir le contexte, lequel se trouvait dans l'ensemble de l'oeuvre.
Ainsi, il a fallu dès le début, pouvoir mettre en correspondance le dizaines de milliers de fragments qui forment les Compilations de chercheur. Le travail était réalisé au début du XIIe siècle, c'est-à-dire en une génération. Nous ne savons toujours pas comment cette oeuvre gigantesque fut réalisée.
Ensuite, lorsque le travail fondamental de recherche fut réalisé, la glose devint pédagogique. Les références étaient toujours là, désormais pour renforcer l'argument, mais elles s'intégraient dans un discours juridique issu de ce que les romanistes avaient compris dans les textes.
§ 2 - La recherche expérimentale
Au temps de sa splendeur (milieu du XIIIe siècle l'université médiévale manifeste un certain intérêt pour la recherche expérimentale.
Signalons d'abord l'originalité d'Oxford qui s'illustre par ses recherches sur l'optique.
Notons aussi des témoignages et déclarations sans ambiguïté concernant l'alchimie. Albert le Grand a testé des produits alchimiques. Thomas d'Aquin, Roger Bacon, Vincent de Beauvais et Raymond Lulle ont clairement manifesté leur intérêt pour des recherches permettant de mieux connaître la matière et de découvrir des produits utiles.
Certains, comme Roger Bacon, ont même fait la promotion de la "magie", terme qui, à l'époque, englobait toutes les sciences naturelles.
Mais la papauté, en 1277, publia dans toutes les universités, et en particulier à Paris et à Oxford, une liste de toutes les opinions condamnables et interdit expressément les "expérimentations". A partir de là, les sciences autres que la théologien les deux droits, les arts libéraux et la médecine, furent bannis de l'université (avant, il y avait l'espoir d'en accueillir d'autres). Et les expérimentations extérieures à l'université furent facilement assimilées par les inquisiteurs à la sorcellerie. De ce fait les alchimistes, bien que défendus par les universitaires, durent de mener leur recherches secrètement. Ils firent cependant de nombreuses recherches qui ouvrirent la voie à la chimie moderne
¶ II - Depuis la Renaissance
La Renaissance met en évidence une science insatisfaite en insurrection contre la stérilité scientifique du monde universitaire. Signalons Copernic, Vésale, Cardan, Paracelse, Cornélius Agrippa, Giordano Bruno, en attendant Galilée au XVIIe siècle.
Les universités dépendant de l'Eglise, c'est donc l'Etat qui entreprit de répondre à cette attente. En France ce furent d'abord des institutions favorisant la recherche bien que se présentant comme des lieux d'enseignement (mais sans examens ni attribution de diplômes) : le Collège royal sous François Ier (actuellement Collège de France) et le Jardin du roi sous Louis XIII, dont on sait qu'il est devenu, sous la Révolution, le Muséum d'histoire naturelle.
Mais la première institution créée exclusivement pour développer la recherche scientifique fur l'Académie des sciences créée par Colbert en 1666. Elle s'engagea si nettement dans la recherche fondamentale que Louvois dut la contraindre à s'orienter vers la recherche appliquée. On reconnaît à l'étranger que c'est là que naquit le métier de chercheur.