Université Paris X - NANTERRE

1ère année de DEUG - UP 2 : Histoire du droit

(2e semestre de l'Année 2000-2001) - Ière partie, titre 3, chapitre 1


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Le Bas-Empire, que certains appellent aujourd'hui, l'Antiquité tardive (pour éviter une connotation péjorative) est caractérisé par deux phénomènes majeurs :

  • Le partage de l'Empire - Après un demi-siècle d'anarchie militaire, Dioclétien, dont le règne (284 - 305) marque le début du Bas-empire, tente de résoudre le problème de la succession impériale en instituant en Orient et en Occident un Auguste assisté d'un César destiné à lui succéder. Ce fut le régime de la Tétrarchie (gouvernement à quatre) qui ne fonctionna jamais, mais qui fut à l'origine, malgré quelques tentatives de réunification, du partage en Empire d'Orient et Empire d'Occident. Illustrée par le transfert, par Constantin (306 - 337), de la capitale à Byzance (devenue alors Constantinople), la tendance fut de renforcer la partie orientale au détriment de la partie occidentale, avec comme conséquence la chute de l'Empire d'Occident en 476.
  • La conversion de l'Empereur au Christianisme. Ce phénomène majeur pour l'histoire occidentale s'inscrit dans le Bas-Empire, mais il est le fait d'une révolution qui conduit à s'interroger aussi sur les rapports entre Rome et le Christianisme dans la période précédente.

 

¶ I - Les chrétiens dans l'Empire païen

 

§ 1 - Le culte impérial

 

  • Il y avait déjà quelque chose de religieux dans cette inviolabilité tribunitienne que l'empereur avait récupérée. En outre, ce que, dans le vocabulaire chrétien, nous désignons comme "providentiel" était alors présenté comme divin. C'est parce qu'il était apparu comme providentiel que César fut appelé divin et qu'on lui éleva un temple après sa mort.
  • En fait, la divinisation de l'Empereur démarra par le culte de son souvenir, puis, de son vivant, par celui de son génie (sa divinité protectrice correspondant un peu à l'ange gardien des Chrétiens). En outre l'extension de l'Empire favorisa l'idée, banale en Orient, d'une relation privilégiée du prince avec les divinités.
  • Au premier siècle, la divinisation de l'Empereur intervient après sa mort. C'est un acte législatif qui en est la cause : le Sénat lui confère l'apothéose où, s'il n'a pas été un bon Empereur, procède à la condamnation de sa mémoire. Alors, les Empereurs eux-même n'y croyaient pas beaucoup. Eux-même, ou des personnages de leur entourage, s'en moquaient. Les choses changent à partir du IIe siècle, où les Empereurs sont systématiquement divinisés lors de leurs funérailles. Au IIIe siècle, la divinisation de l'Empereur, et aussi de l'Impératrice, de leur vivant progresse fortement, au point que Dioclétien (dont le règne marque le début du Bas-Empire exigeait des marques d'adoration).
  • Les armées impériales furent pour beaucoup dans la diffusion du culte, ainsi que la dédicace à Auguste des implantations romaines dans l'Empire (à l'origine des actuels toponymes Aoste, Aosta, Augst...).
  • Le culte impérial fut le premier culte commun à toutes les parties de l'Empire : on soupçonne que la conversion de l'Empereur au Christianisme facilitera considérablement le passage de l'Empire païen à l'Empire Chrétien.

§2 - Les persécutions

 

  • Au début les Romains ne distinguèrent pas les Chrétiens des Juifs. Très accueillante aux cultes des peuples soumis, Rome recevait dans son Panthéon (signifiant en grec "tous les dieux"), après l'autorisation du Sénat, les divinités de ceux-ci; le dieu des Juifs y avait sa place. Au départ les Chrétiens apparurent comme des fauteurs de troubles à l'intérieur des communautés juives, lesquelles faisaient appel aux autorités romaines pour que les missionnaires chrétiens soient chassés. Ces mesures de polices n'avaient rien à voir avec des persécutions, mais elles expliquent en partie pourquoi le Sénat refusa d'accepter le culte chrétien.
  • Le problème fut que le Christianisme toucha très rapidement la société romaine. C'est que, au début de l'Empire, les Romains semblaient être attirés par de nouvelles spiritualités (officialisation à Rome du culte égyptien d'Isis et d'Osiris). En outre, certaines sectes avaient maintenu la doctrine pythagoricienne de la réincarnation et le culte d'Orphée revenu des enfers (d'où une certaine croyance en l'immortalité de l'âme). Si l'on ajoute que le culte d'Orphée faisait état d'un homme source de toute vie que Zeus se serait attribué, on comprend que, malgré une apparente opposition des cultures, il existait un terreau favorable à la nouvelle religion.
  • Simplement tolérés pendant deux siècles, les Chrétiens ne furent persécutés qu'accidentellement. En effet, vivant en communautés (désormais distinctes des communautés juives),ils attiraient nécessairement l'attention et n'étaient pas à l'abri d'un accès de folie meurtrière (Néron en 64) ou d'une poussée de violence populaire (Lyon en 177).
  • Au début du IIe siècle, une célèbre correspondance entre le gouverneur Pline le Jeune et l'Empereur Trajan, montre qu'il n'y a alors aucune volonté de persécution et que les Chrétiens ne doivent être poursuivis qu'au cas où leurs manifestations publiques sont jugées comme hostiles à la légalité romaine. Cependant, il semble bien que le fait d'être chrétien soit alors très proche d'être considéré comme un délit en soi.
  • Il fallut attendre l'anarchie militaire du IIIe siècle pour voir se développer des persécutions systématiques. La volonté de mise en ordre du règne de Dioclétien n'apporta rien de bon aux Chrétiens qui firent alors figure de fauteurs de troubles.
    Tout changea, évidemment, avec la conversion au Christianisme de l'empereur Constantin.

 

¶ II - Comment l'Occident est devenu chrétien

 

§ 1 - De la religion reconnue à la religion d'Etat

 

  • Au début du IVe siècle, la conversion de l'empereur Constantin fait du Christianisme une religion reconnue, qui deviendra très vite une religion privilégiée, richement dotée en bâtiments et en terres (entre autres le palais de Latran et la construction d'une basilique sur la tombe de Saint Pierre (origine de l'actuelle basilique du Vatican), et en outre largement favorisée par des privilèges et fiscaux. En revanche c'est un faux, rédigé, vraisemblablement au VIIe ou au VIIIe siècle (la Donation de Constantin ), qui laissa croire jusqu'au XIIe siècle que Constantin avait investi l'Eglise du pouvoir de nommer l'empereur.
  • Constantin n'avait pas interdit les autres cultes. Tout changea lorsque, en 380, dans l'édit de Thessalonique, l'empereur Théodose fit du Christianisme une religion d'Etat. C'est alors que l'Occident découvrit l'intolérance et que Rome se fabriqua des ennemis de l'intérieur. Les païens, les hérétiques et les Juifs devinrent des citoyens de seconde zone, grevés d'incapacités juridiques et administratives.
  • Au VIe siècle, les Compilations de Justinien donnèrent une base légale à l'antijudaïsme religieux (Novelle 146 déclarant que les Juifs faisaient des interprétations insensées de la Bible). Cet antijudaïsme religieux se transforma très vite en ségrégation physique (ne pas vivre ensemble, ne pas manger ensemble, pas de liens de domesticité, etc.) et aboutit, d'abord dans l'Espagne du XVe siècle à l'antisémitisme racial : les mesures prises contre les Juifs convertis au Christianisme (les conversos ) conduisirent les familles chrétiennes à faire des recherches généalogiques pour prouver leur "pureté de sang".

     

§ 2 - Rapports entre l'Eglise et l'Etat

 

A - Le Césaropapisme

  • Cette expression désigne la situation de l'Eglise par rapport à l'Empire à la fin de l'Empire d'Occident. Au départ, l'évêque de Rome possède une influence négligeable par rapport à celle de l'Empereur : l'Eglise est favorisée, mais maintenue dans une situation de sujétion.
  • Les dogmes (tel celui de la Sainte Trinité), les principes majeurs de la discipline ecclésiastique, la lutte contre les hérésies, tout ceci dépend de grands conciles. Ceux-ci sont en grande partie tributaires de l'Empire. En effet, à une époque où la piraterie sévit en Méditerranée, la sécurité des transports d'évêques dépend du pouvoir impérial. En outre, seul l'Empereur peut assurer le bon ordre des réunions conciliaires, lesquelles, en cette période propice aux hérésies, sont souvent perturbées par de violentes querelles. Enfin, la seule façon de faire accepter, sur l'ensemble du territoire chrétien, une décision conciliaire (même un dogme!) est d'en faire une loi impériale : c'est pourquoi le Code de Justinien débute par le titre suivant : "Au sujet de la Sainte Trinité et pour que personne n'ose la contredire".

B - La supériorité du pouvoir spirituel

  • Reposant essentiellement sur la force matérielle de l'Empire, le Césaropapisme sera nécessairement remis en cause par les premiers signes de faiblesse de l'Empire d'Occident.
  • Au début du Ve siècle, un simple coup de main permit aux Wisigoths de se livrer au pillage de Rome (410). L'affaire eut un retentissement considérable dans tout l'Empire. Ce fut aussi ce qui inspira à Saint Augustin une réflexion qu'il développa dans les dernières années de sa vie et qu'il publia dans sa célèbre Cité de Dieu (427). A ceux qui accusaient le Christianisme d'avoir affaibli Rome, il répondait que les barbares avaient détruit les monuments publics, mais avaient respecté les Eglises. Surtout, comprenant que l'Empire d'Occident pouvait être détruit, il soutenait que la Cité de Dieu n'existait pas seulement au Ciel et que son existence terrestre était, elle, indestructible.
  • Prolongeant la pensée de Saint Augustin, le Pape Gélase, dont le pontificat se situe quelque temps après la chute de l'Empire d'Occident (492-496), eut une influence déterminante sur la pensée politique du Moyen Age en établissant fermement la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, mais aussi la supériorité du spirituel : devant Dieu le Pape et responsable de l'Empereur.

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