Université Paris X – Nanterre - Cours d'Histoire du droit du travail - Professeur Jean-Pierre Baud
Chapitre 3
La peine de travaux forcés
(modification du format le 7/1/08)
Section I – Les galères
Les galères sont réapparues à la fin du Moyen Age, surtout en Méditerranée, mais aussi sur l'Atlantique. Du fait du déplacement des espaces de commerce et de conflits maritimes (Méditerranée depuis l'Antiquité, Atlantique depuis le XVIe siècle, Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale). Notons qu'il y eut très tôt des galères sur le lac Léman où s'affrontèrent longtemps les Bernois, les Genevois et les Savoyards. Aujourd'hui, le lac Léman est le seul lieu au monde où l'une d'elles navigue encore. Il s'agit d'une reconstruction à l'identique réalisée par des chômeurs et mise à l'eau en 2001 (propulsée par des moteurs, mais pouvant être remplacés par des rameurs : des touristes n'ayant pas assez de francs suisses?).
Les galères furent longtemps les reines des combats navals, du fait de leur maniabilité (une évidence : on fait plus rapidement demi-tour avec un kayak qu'avec un bateau à voiles !). Dans l'Antiquité, ce n'était pas une peine que de ramer sur une galère ; on était aussi fier de combattre que de ramer puisque, dans les deux cas, on servait sa cité ou son empire. Mais au XVIe siècle l'Europe entra à nouveau dans une ère esclavagiste et le galérien devint un paria. Les galères mirent côte à côte des esclaves achetés en pays musulman ou enlevés en Afrique et en Amérique, ainsi que des condamnés (principalement des contrebandiers, des insoumis militaires du fait de la milice de Louvois et, après la révocation de l'Édit de Nantes, des Protestants), plus quelques engagés volontaires (?).
À partir du XVIIe siècle, les galères étaient militairement dépassées. Ne pouvant pas embarquer plus de deux canons, elles pouvaient être rapidement pulvérisées par des navires pourvus de 70 ou 80 canons (120 pour un navire amiral). Pourtant le règne de Louis XIV, fut en France la grande période des galères. On estimait en effet qu'elles étaient un moyen essentiel pour exprimer face à l'étranger la gloire du Roi de France. En 1690, on pouvait compter entre 11000 et 12000 galériens, dont 2000 esclaves.
C'est pour gérer tout ce monde que l'administration française inventa la fiche. Avant,on ne connaissait que les registres qui se révélaient d'usage fort incommode (rectifications, ratures, effacements, ajouts). Un administrateur des galères nommé Arnoul eut l'idée, en 1671, de remplacer le registre de chaque galère par une boîte et chaque galérien par une fiche. L'invention eut aussitôt un grand succès. Au XVIIIe siècle, des inventeurs présentèrent des machines destinées au fichage mécanique (en attendant l'actuel fichage électronique).
Section II – Le bagne
Certes Saint Vincent de Paul avait attiré l'attention sur la pénible condition du galérien, mais ce sont surtout des préoccupations financières qui conduisirent à désarmer les galères. Elles naviguaient très peu et coûtaient donc trop cher. Les galériens, qui étaient en principe enchaînés à leur banc, l'étaient de plus en plus sur des pontons où sur des quais, accomplissant divers travaux pour l'administration des galères ou pour des particuliers
Sous Louis XV (en 1748), on prit la sage mesure de les désarmer et les galériens exécutèrent des travaux forcés dans les ports de Toulon, Brest et Rochefort (anciens lieux de mouillage des galères : les galériens de Marseille furent transportés à Toulon). Ces lieux d'incarcération furent appelés des "bagnes" par référence, dit-on, à une prison que les Vénitiens avaient créée dans un ancien établissement de bains, il Bagno. À noter que les bagnards (au moins jusqu'au temps des Misérables de Victor Hugo) furent longtemps appelés des galériens.
Sous le Second Empire, on décida de transporter les bagnards outre-mer. C'est ce que nous verrons dans la IIIe partie.