Université Paris X – Nanterre - Cours d'histoire du droit du travail - Professeur Jean-Pierre Baud

Chapitre 2

Le travail des colonisés







Lorsque la France de la IIIe République se reconstitua un Empire colonial en Afrique et en Asie, elle fut contrainte, en un premier temps d'y appliquer l'abolition de l'esclavage. Mais, dans les années 1880, la construction d'équipement collectifs et le développement des cultures coloniales conduisirent l'administration et les colons à imposer aux indigènes le travail forcé. C'était une restauration de la corvée, en principe salariée (entre 1 franc 30 et 1 franc 50 par jour, en Côte d'Ivoire, au début des années 1920!). Cette pratique, intermédiaire entre le salariat, la corvée et l'esclavage, s'est généralisée en utilisant tous les moyens possibles : pressions, intimidation, répression et, parfois, complicité des chefs traditionnels.

Après la Première Guerre mondiale, le droit du travail prit une dimension internationale avec la création de l'Organisation internationale du travail (1919) et de son organe permanent, le Bureau international du travail (1920). Celui-ci provoqua la réunion d'une conférence de l'O.I.T. qui décida en 1930 l'abolition du travail forcé.

Pourtant, la France oublia une nouvelle fois d'être les pays des droits de l'homme et déclara en 1937 que l'économie de ses colonies et, par voie de conséquence, son économie nationale ne pourrait supporter la suppression du travail forcé. Il fallut attendre la Libération et la loi Houphouët Boigny (11 avril 1946) pour que la France le supprime.

Ajoutons que l'O.I.T., dans une convention du 25 juin 1955 incita tous les pays membres signer une convention supprimant le travail forcé, quelle que soit sa forme et sa justification (coercition politique, sanction, exploitation et sanction de la main d'oeuvre, discrimination raciale, nationale ou religieuse). On attend encore le jour où cette abolition sera effective sur l'ensemble de la planète.



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