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Il est impossible d'avoir la prétention de figurer une histoire de la pensée au
travers du seul concept d'aliment sans sembler prendre de coupables libertés avec la
rigueur scientifique. Certes, toute hypothèse, chaque théorie, tombe dans ce travers de
torturer la réalité afin de la faire entrer dans ses concepts trop étroits: "Il y plus de
choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, que n'en rêve ta philosophie ". Ce trait se
vérifie particulièrement dans une matière historique, où l'observateur ne peut qu'avoir
le défaut de considérer les faits d'après ses propres schémas de représentation,
forcément anachroniques, représentatifs uniquement de lui-même.
Quant au regard ethnologique, ses ornières ontologiques ne lui permettent de
voir que primitifs et sauvages, coincé entre notions péjoratives et termes à guillemets,
peut-être est-il le plus déformé de tous. Soumis à la tentation d'un syncrétisme facile,
réducteur dans ses explications à vocation universelle, ma propre livraison
anthropologique n'échappera à aucune de ces critiques. Peut-être est-ce la fortune de
tout regard de l'homme sur l'homme que de réduire la confrontation à l'altérité: l'Autre
est une notion simpliste.
Cependant, ce ne sont là encore que lieux communs, marronniers pour qui
voudrait enjoindre à prendre avec distance - et indulgence - les prétentions
"systématiques" qui alourdissent cette étude. Or, si l'étude anthropologique devait
n'apprendre qu'une chose, c'est bien qu'une petite histoire déclare plus qu'un long
discours. Alors, que l'explication laisse un peu d'espace à la narration et que la parodie
supplée au raisonnement:
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" La« Pensée Sauvage »
La journée de l'indigène milanais se déroule selon les rythmes solaires
élémentaires. Tôt le matin, il se lève pour se rendre aux tâches typiques de cette
population: récolte d'acier dans les plantations, culture de profilés métalliques,
tannage de matières plastique, commerce d'engrais chimiques avec l'intérieur, semis
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