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maniement. Il importe donc de l'isoler des mauvaises manipulations par un corps
d'interdits qui protègent la société de son potentiel destructeur.
L'exemple de la vache folle est particulièrement instructif en ce qu'il concentre
en peu d'éléments toute la problématique de l'aliment sacré en même temps qu'il nous
montre ce que ne doit pas être un aliment: il ne doit s'agir ni d'un être vivant, ni du fruit
d'une aberration. Pour essayer de comprendre pourquoi, tentons de dégager une
définition positive de l'aliment.
A cette fin, il serait tentant de s'attacher à une définition physiologique. Mais le
détour par les nutriments conduit immédiatement à une impasse car il laisse de côté
l'appréhension subjective de la matière. Ainsi le critère important n'est-il pas la valeur
nutritive, mais la conscience ou la perception que l'on a de ce que peut être un aliment.
A partir de là, rien ne s'oppose à ce que n'importe quel objet soit déclaré aliment, voire
qu'un aliment soit simplement symbolique.
Tout objet peut donc potentiellement devenir un aliment, or tout objet n'est pas
un aliment, le passage de la potentialité à la réalité se réalisant par l'entremise d'un
choix humain et social. Cette notion de choix est déterminante à double titre: elle
permet d'abord de distinguer ce qui ne peut pas être un aliment et ensuite ce que ne doit
pas être un aliment. Ce qui ne peut pas être un aliment, c'est un objet dont l'absorption
ne relève pas d'un choix: celui qui "boit la tasse" lors d'un bain ne s'alimente pas d'eau
de mer, de même que respirer n'est pas une alimentation à base d'air...
D'autre part, parmi tous les objets susceptibles d'être ingérés - même
symboliquement - , il faut faire le départ entre les comestibles et les non-comestibles.
Ce qui est très différent d'une répartition entre toxique et non-toxique, l'histoire
montrant que des poisons redoutables font partie intégrante non seulement du
comestible mais aussi de la gastronomie ( l'exemple le plus frappant étant le fugu
japonais ) et d'autre part, que la gamme des comestibles est extraordinairement réduite
par rapport à celle des non-toxiques.
Leur répartition répond donc d'un choix exclusivement culturel, comme s'il
n'était possible de se départir du dégoût qu'engendre la nourriture que pour un nombre
très limité d'aliments. Et encore, avons-nous vu quelles ruses symboliques
l'imagination doit déployer pour laisser l'estomac se repaître.
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