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mère et que celle-ci doit lui apprendre à utiliser ses lèvres au lieu de ses dents, à requalifier l'agression alimentaire en manifestation de tendresse.

Petit incident domestique, grands effets psychologiques: c'est un verrou essentiel, celui d'une structuration irréversible: l'autre ne peut pas me manger, puisque je ne veux pas le manger. Avec le "tabou du meurtre" et le "tabou de l'inceste", le "tabou cannibalique" forme un cran de sûreté garant de non-retour, de la non- réincorporation à la mère.

La question de l'anthropophagie relève donc au premier chef de l'économie des lois familiales (ou plutôt: de l'économie, c'est-à-dire des lois familiales). Bref, il s'agit ici de cet ordre domestique que les lois civiles ignorent quand elles ne sont pas obligées de censurer leur existence et qu'il est commode d'exclure du champ d'étude du droit pour les laisser àun auxiliaire: l'analyste.

L'enjeu de la cohésion de la famille nucléaire (éducation du "nourrisson", éducation alimentaire de l'enfant) encadre les relations enfant / mère : cette zone bizarre de droit absolu pour l'enfant pour qui ses parents sont l'institution suprême mais de droit très faible dans l'ordre de la Cité. Cependant, la question anthropophage déborde aussi bien celle de la structuration du nourrisson en individu, que celle de l'équilibre domestique, pour verser dans l'ordre de la cité sous une forme différente : qu'est-ce que le corps ? Elle devient une obsession de la société et imprègne l'esprit de ses législations. Toutefois sa mise à jour demande malgré tout de laisser la parole à un autre auxiliaire du droit: l'anthropologue.

L'observation anthropologique; nous apprend que l'anthropophagie généralisée est redoutée dans toutes les sociétés. L'anthropophagie déréglée est retracée dans tous les mythes cosmographiques, souvent associée à une sexualité effrénée; elle est trace du chaos primitif9et signe de dégénérescence du cosmos. Mais la dégénérescence est aussi le signe annonciateur de la proche régénérescence.

Ainsi si le thème anthropophagique est un toposmythologique, c'est parce qu'au-delà d'un exemple repoussoir, il constitue et institue un ou plusieurs fondements de la société considérée: il recoupe ainsi toute la définition du mythe, c'est à dire qu'il

agit avant tout comme un récit

fondateur . Ainsi, les institutions dont la fondation

repose directement sur un mythe anthropophage sont aussi nombreuses que les

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9;Chaos primitif mais aussi chaos final car il signe la fin d'un univers, celui des premiers dieux: Chronos et Odin.

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