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qu'institution, est une élévation au carré de l'anthropophagie, la perception des
phénomènes anthropophages sont d'office, par l'anthropologie, portées au plus fort
exposant culturel.
Autrement dit, la question de l'anthropophagie sans raison culturelle, de simple
nécessité ou par goût, est un tabou anthropologique absolu12. L'anthropophagie doit
toujours obligatoirement être requalifiée en cannibalisme car il n'est pas concevable
que cet acte puisse être non-signifiant, et même non hautement signifiant13. En
ethnologie, la proposition même d'une anthropophagie par appétence suffirait à une
grave décrédibilisation de l'auteur d'une telle provocation.
Tandis qu'en droit, paradoxalement, l'explication de la pulsion cannibalique
compte peu, sa seule existence en relègue l'auteur, de factoet irrémédiablement, dans
la catégorie des aliénés: ainsi la jurisprudence a-t-elle préféré mettre le comportement
anthropophage d'une mère sur le compte d'une aliénation mentale non-reconnue par la
médecine dans le but de préserver "l'honneur de l'humanité "14. Autant dire que
l'anthropophage est nié, exclu du champ du droit, pour être coûte que coûte confié à la
médecine psychiatrique.
Voilà pourquoi , par nature, le cannibalisme ne peut jamais être une
anthropophagie. Il en est même le contraire absolu, et à ce titre il l'exclut aussi
absolument qu'il la canalise. Ce n'est donc qu'à cette condition, après cette
requalification ( le changement de vocabulaire permet de préserver la raison ) qu'il est
possible d'encadrer une notion aussi redoutable.
C'est la stratégie aussi bien des ethnologues occidentaux et contemporains que
celles des mythographes antiques ou des tribus sud-américaines. L'instauration d'une
exception cannibale au tabou anthropophage suit donc automatiquement la prise de
conscience de ce tabou, car c'est le seul instrument conceptuel permettant de penser le
phénomène anthropophage et de le contrôler.
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12Bien que, ou parce que, les premières "analyses" des pratiques anthropophagiques aient insisté sur
l'appétence des autochtones pour la chair humaine.
13"Les savants supportent le doute et l'échec, parce qu'ils ne peuvent faire autrement. Mais le désordre
est la seule chose qu'ils ne peuvent ni ne doivent tolérer." G.G. SIMPSONPrinciples of Animal
TaxonomyNew-York1961p. 5, cité parC. LEVI-STRAUSSLa pensée sauvagePlonParis
1962p. 22
14Citée par F.GUILBERTLe Pouvoir sanitaire. Essai sur la normalisation hygiéniqueThèse droit
Strasbourgpp. 61-62 ; et par J-P BAUDL'Affaire de la main volée. Une histoire juridique du corps
SeuilParis1993p. 40
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