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L'exception cannibale; est le corollaire symétrique de l'interdit anthropophage. Quand l'anthropophagie est reléguée hors de toute culture, soit qu'elle se situe en marge de celle-ci, soit qu'elle se situe en amont de sa constitution par le biais du mythe, le cannibalisme au contraire est la forme policée des même faits lorsqu'ils sont institués dans le corps de la civilité du groupe.

Le changement de nature emporte ici changement de degré: de l'inconcevable absolu, l'absorption de chair humaine devient une transgression acceptée car gérée par un ordre dogmatique et encadré par la force édifiante du rituel. Intégrer pour mieux contrôler, telle est la stratégie de l'institution cannibale.

Ceci contribue encore à isoler l'anthropophagie. Elle relève alors ontologiquement de l'autre, de celui qui se situe hors du champ de la culture. Il permet donc d'instituer la culture puisqu'il en délimite l'étendue. De plus, il contribue à construire les membres du groupe comme êtres humains et comme les seuls à pouvoir prétendre à ce titre.

L'institution cannibale permet la prise en charge de la pulsion anthropophage au sein du groupe, tout en désamorçant son potentiel destructeur - au double sens de détérioration et déstructuration - et permet ainsi d'ériger ce même groupe en société, de la même façon que le "tabou cannibalique" permet d'ériger le nourrisson en individu.

Dans l'ordre civil de la société, l'institution cannibalique ne peut s'exprimer qu'au travers d'un seul instrument: le rituel. Les rituels ont ceci de particulier, qu'ils permet la meilleure mise en scène possible d'une institution. Car une institution nécessite d'être mise en scène, pour assurer l'effectivité de son emprise sur le groupe. C'est une réalité familière aux juristes puisque le droit est avant tout mise en scène de sa propre efficience.

Le grand avantage du rituel est que ses symbolismes et son rythme interne s'imposent, frappent l'esprit de leur signification tout en laissant leur nature de symbole dans l'ombre. L'image et la geste font depuis toujours plus sens que les mots. Le signification d'un rituel bien composé va donc toujours de soi, comble du paradoxe de cet éminent produit de la culture qui donne une si solide impression de naturel.

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