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Les sociologues qui se sont intéressés au mythes et aux rituels se les sont
longtemps représentés comme une redondance. Certains ont vu dans chaque mythe une
projection idéologique d'un rite, destiné à fournir un fondement à celui-ci. Les autres
ont inversé les rapports en traitant le rite comme une illustration du mythe. Quoiqu'il en
soit, dans les deux cas on postule entre mythes et rites une correspondance ordonnée
dont le but est de justifier l'importance politique du respect des rituels.
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§ 1. La genèse cannibale
L'anthropophagie comme signe du chaos;est un thème si largement répandu
qu'il est possible de le retrouver dans toutes les mythologies de la Création, ne serait-ce
qu'à l'état de vestiges ou bien caché derrière une symbolique complexe, dans le but de
censurer la crudité du fait.
Les récits qui retracent l'abandon (et souvent la condamnation) des pratiques
anthropophages mythiques a pour but de souligner l'avènement de l'homme. C'est-à-
dire l'avènement de l'homme civilisé, celui qui ne se nourrit, ni ne se conduit, plus de
façon sauvage ou aléatoire, mais qui soumet sa conduite au respect d'un système de
prescriptions.
La forme narrative des mythes cosmogoniques repose sur une structure double
qui articule la création autour de deux événements consécutifs. Le premier événement
est l'avènement de la matière qui se dégage du chaos initial: oeuf primordial, émergence
des terres, organisation spontanée sous la forme d'une déesse...
Ce premier événement réalisé, le cosmos se cherche une structure, se met
lentement en ordre: il n'est plus dans l'état du chaos primitif mais reste toujours dans
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