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Ainsi témoigner du respect devient le moyen d'imposer le respect: la surenchère
de générosité dans la libération du principe gardé par le clan finit par donner au service
rendu le défi de pouvoir le reconnaître, étant entendu que sa reconnaissance doit
entraîner automatiquement un service réciproque. La supériorité s'établit ainsi par
l'impossibilité à payer de retour et la pratique d'humilier le groupe opposé au moyen
d'un présent devient une institution, nommée le potlach
Les clans se constituent alors en confréries, castes fermées. Ces démarches
aboutirent à la reconnaissance de la supériorité d'un clan dans la tribu, puis d'un
individu dans le clan. Le sacré se rapporte alors à l'exercice d'une souveraineté
revêtues d'un caractère auguste, inattaquable et paralysante, qui rend sacrilège toute
faute commise à leur égard.
Le sentiment du sacré est alors instrumentalisé. Il n'est plus le garant du respect
des règles qui assurent le maintien de l'ordo rerummais simplement un enjeu du
pouvoir, celui qui le détient pouvant revendiquer le sacré de respect pour son propre
usage. Ainsi rien n'est changé du rituel, les totems deviennent les blasons des chefs, qui
les accumulent comme autant de sources de vertu mystique.
C'est ici que s'ouvre le deuxième univers du droit, celui du droit civil par
opposition aux droits du sacré. La réalité du pouvoir politique est telle, qu'il faut
souligner l'étroite connexion qui identifie presque sa nature à celle du sacré, dont il
emprunte la puissance. Le pouvoir apparaît comme la force de réalisation d'une volonté
et se manifeste par la toute-puissance de la parole, qu'elle soit commandement ou
incantation.
C'est la vertu surajoutée, invisible, irrésistible, qui se manifeste dans le chef
comme source et principe de son autorité. Bref, il est dépositaire de la force active du
sacré, du mana, le même qui détermine le fleuve à couler et le feu à brûler. De ce point
de vue, il est toute sacralité.
Il est également tout droit. Le pouvoir d'injonction qui se manifeste dans la
parole du pouvoir est le privilège du commandement, il est sommation, obligation
d'obéissance. En ce sens, nommer est appeler, et dire c'est faire. Le pouvoir est du
domaine du"performatif"33comme l'est le droit et tout comme lui, il créé la fiction de
sa propre importance par la prétention à l'irrésistibilité de ses effets.
33J.L.AUSTINQuand dire c'est faireSeuilParis1991. L'examen linguistiquedu vocabulaire
judiciaire donne corps à la notion de "performatif": la parole qui est un acte. Ainsi le prononcé du divorce
suffit à le dissoudre immédiatement, l'échange des consentement suffit à créer le lien contractuel, les
prétentions des parties lient le tribunal, la qualification qui verrouille le fait par le mot, etc...
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