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pire un anthropophage déshumanisé. C'est là la leçon du dionysisme, mais aussi celle
d'Enkidu qui de monstre sauvage passe par la découverte de la femme au stade civilisé,
ce qui dans le mythe de Gilgamesh se résume éloquemment en commensalité puis en
mariage.
Ce passage ne se fait pas par la maîtrise du feu mais par celle de l'eau. En effet
le rôti est encore considéré comme un avatar du cru,de degré différent certes, mais tout
de même de nature identique. La seule cuisson qui vaille cette dénomination est celle en
pot, qui utilise l'eau chauffée pour cuire. Elle seule, en mijotant longuement, permet de
transformer l'aspect et le goût de l'aliment jusqu'à en être méconnaissable. C'est à dire
jusqu'à devenir un autre aliment : la cuisson est forcément alchimique.
Et encore, est-il possible de se passer totalement du feu, la cuisson n'ayant
besoin que d'eau froide lorsqu'il s'agit de désigner par là la volonté de laisser fermenter
un aliment. Car la fermentation est une cuisson tout comme le bouillon: ça bulle, ça
change d'aspect et de goût et tout ça se passe dans les mystères chthoniens des pots des
femmes.
Le paradigme de l'eau, enfin, s'applique aux autres aliments liquide. Ainsi le
lait, mais aussi le vin et surtout l'huile, analysé comme une abstraction de l'eau, l'eau
au carré en quelque sorte. Qu'il s'agisse de l'huile d'olive ou du chrême, c'est à chaque
fois un état spiritualisé de l'eau, celle de cuisson, celle du baptême. De même le vin est
un état supérieur de l'eau en même temps qu'il est substitut du sang qu'il remplace une
fois absorbé.
Il existe ainsi un ordre généalogique des liquides qui les relient les uns aux
autres et les organisent en relation avec les organes du corps humain. Non seulement le
corps mais aussi l'esprit, le liquide étant une sublimation du solide, il entre
naturellement en relation avec le spirituel, au même titre que la nourriture solide avec
l'organique.
Et peut-être même plus, en établissant une relation avec l'âme ou avec un
principe supérieur, un principe vital et même génétique. Surtout pour le vin, qui aide à
la formation du sang, ainsi que du sang blanc séminal. Peut-être aussi avec la
Rédemption de l'âme, comme lorsque le Christ dit à ses apôtres qu'il leur sert, à eux,
des aliments liquides et non du solide comme aux foules moins éduquées
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