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changea d'objet pour se fixer moins sur la communion que sur l'instant de la transmutation du pain et du vin en corps et sang.

De même, les jeûnes exemplaires du Christ et son sacrifice sur la croix ne furent plus perçus comme les éléments d'une lutte cosmologique, mais comme le lieu d'une souffrance intolérable qui donne son sens à l'expérience humaine car l'homme qui souffre est Dieu. Ce qui induit que l'abstinence est moins maîtrise de soi offerte à Dieu pour racheter le péché de gourmandise et de désobéissance d'Adam mais plutôt comme une faim corporelle insatiable, reproduction dans le corps de la Passion et soif inextinguible d'union mystique.

Ainsi dans les poèmes, les hymnes, les tableaux, des XIIIe-XVe siècles, le pain du Ciel qui représentait symboliquement l'Eglise, fait place à la chair lacérée du Christ, plaie béante qui déverse sans cesse les flots saccadés d'un sang écarlate destiné à purifier et à nourrir les âmes affamées73.

La désincarnation du dogme était en chemin, la signification du jeûne s'entendant elle aussi comme un symbole, puis comme une métaphore mystique. Et d'une signification métaphorique exacerbée chez quelques mystiques, à une pratique simplement métaphorisée pour la masse des fidèles, le gouffre est facilement creusé et l'unité de la ferveur menacée.

Cette menace est immédiatement ressentie. D'abord par l'encadrement doctrinal qui parvient à isoler les candidats au mysticisme dans l'institution monacale. La menace que fait peser l'ascèse alimentaire est importante pour une religion structurée et hiérarchisée.

En effet, sa structure propose des niveaux d'encadrement et des successions d'intermédiaires entre le fidèle et la divinité, alors que l'ascète en exerçant directement une violence gratuite sur lui-même, entre par ce sacrifice en contact direct et privilégié avec le divin. Il n'en faut pas plus pour remettre en cause le bien fondé d'une hiérarchie de l'administration du sacré. Mais l'efficacité de cette soupape monacale n'est pas absolue.

Ainsi, si le voeu de pauvreté des franciscains fit beaucoup de dégâts et ne put être récupéré qu'à grande peine, c'est aussi qu'il déplaça complètement l'enjeu de la question alimentaire. En effet, la controverse sur le droit naturel de chaque homme

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73C. BYNUM

Jeûnes et festins sacrésEditions du CerfParis 1994pp 58-59.

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