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d'avoir accès à une nourriture suffisante pour survivre, explose complètement les cadres prévus pour une gestion de l'alimentation sacrée.

Il ne s'agit plus de la question de la sacralité de l'aliment, mais de celle de la vie humaine, ce que les instruments de la liturgie et du droit romain ne permettaient pas de résoudre. La seule alternative à un classement de l'ordre franciscain comme hérésie, fut une difficile récupération du mouvement au sein d'une communauté monacale ad hoc qui eut le mérite de geler un débat qui ne pouvait pas se résoudre.

Un autre mouvement eut également du mal à s'inscrire dans le schéma proposé, c'est celui des mystiques féminines. Faisons un bref rappel: l'autorité ecclésiale n'encourageait guère les femmes à exercer des fonctions religieuses et leur place ne fut longtemps possible que comme moniales ou auxiliaires laïques, même si les Xe et XIe siècles virent la fondation de quelques monastères féminins.

L'apparition de nombreux prédicateurs itinérants exerça alors un tel attrait sur certaines femmes, qu'elles se pressèrent aux côtés de ces prêcheurs qui, agacés que ces femmes expriment leur ferveur de la même façon qu'eux, reprirent à leur compte la politique de classement monacal des autorités, en fondant des communautés pour les contenir. Cette stratégie de refoulement connut un tel succès que les cisterciens et les prémontrés s'alarmèrent74de la multiplication rapides de ces couvents sauvages, ce qui milita pour leur canalisation dans des ordres officiels à la règle rigide.

Or le mysticisme féminin se caractérise très fortement par son rapport à la nourriture. Bien plus que les mystiques masculins, les femmes se sont servies de l'arme alimentaire qui revêt une signification spirituelle spéciale pour elles. Les explications en sont nombreuses: il y a d'abord l'idée que le corps de la femme est nourriture, ensuite le fait que, comme dans la plupart des civilisations, la préparation de la nourriture est une prérogative féminine au Moyen Age75..

Ceci induit un schéma simpliste qui distingue entre la femme qui prépare et l'homme qui consomme, séparation rigide qui impose une image de la femme ne

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74Au point qu'un décret des cisterciens de 1228 interdit tout nouvelle création d'un couvent de femme; il resta lettre morte.
75Le livre de cuisine le plus ancien, Le viandier,considère que ce sont les femmes qui assurent la nourriture de base.

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