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mangeant que très peu, voire pas du tout. Le seule pouvoir des femmes, et donc le seul dont elles pouvaient se priver avec une ostentation mystique, était le pouvoir culinaire.

Le jeûne leur était donc tout naturellement destiné, sous la forme d'un jeûne extrême qui représentait pour elles la seule façon de se mettre en pleine lumière, puisqu'habituées à se priver. De plus les repas étant un moment social privilégié, les femmes avaient déjà pris l'habitude d'utiliser le jeûne ou la distribution de la nourriture comme moyen de pression sur leur entourage et obtenir satisfaction76, par une pratique anticipant la grève de la faim contemporaine.

Les femmes utilisent ainsi volontiers leur rapport à la nourriture comme instrument de pouvoir sur leur propre personne comme sur leur entourage. Il est donc logique qu'elles aient utilisé ce moyen prioritairement pour faire reconnaître leurs aspirations mystiques ainsi que pour exprimer ce mysticisme.

Mais les extrêmes auxquelles elles sont acculées, les exposent tout particulièrement à tomber dans l'hérésie. Ainsi, les historiens s'interrogent encore pour savoir si leur nombre n'est pas sur-représenté dans les grandes hérésies qui fleurirent entre le XIIe et le XIVe siècle, voire si elles n'en étaient pas, plus souvent qu'on ne le croit, les instigatrices.

L'institution monacale ne pouvant tout absorber, les hérésies furent légion. Que le classement en hérésie soit motivé par des raisons de politique ecclésiale ou d'hétérodoxie doctrinale, ce classement "hors-la-foi" laissant le champ libre à un développement sauvage, à un syncrétisme où la liturgie chrétienne et les rituels païens n'ont aucun mal à se trouver des points communs.

Cette liturgie étant essentiellement composée de pratiques alimentaires, la rencontre a produit des résultats qui éclairent étrangement les significations alimentaires chrétiennes. Ainsi les significations anthropophagiques de l'Eucharistie se mêlèrent naturellement aux opothérapies thérapeutiques de façon tout à fait sauvage. Il en fut ainsi sur le prolifique terrain des pratiques gnostiques qui montre non seulement la persistance des idéologies dualistes mais aussi leur facile "hybridabilité" avec le christianisme.

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76C. BYNUM

Jeûnes et festins sacrésEditions du CerfParis1994pp.310-311

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