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cataphrygienne et pépuzienne qui consacraient du pain au sang88, l'aquarienne qui ne
consacrait que de l'eau89...
Les espèces sous forme de pain et de vin sont essentielles, et non accidentelles,
car elles seules permettent une manducation spirituelle qui respecte la séparation du
sang et du corps: le pain devenant le corps christique s'adresse au corps du fidèle et le
vin devenant sang s'adresse à son âme. Bien que la doctrine reconnaisse que la chair
animale sacrifiée représenterait plus vivement la Passion, elle serait moins appropriée à
un usage courant et à la signification symbolique de l'unité de l'Eglise.
Nous sommes donc en présence d'un signification cannibale qui transparaît
avec une netteté voulue du dogme eucharistique, sans pouvoir pour autant être
entièrement assumée. Tandis que les théologiens s'escrimaient avec cette ambiguïté
fondatrice du culte chrétien, la pulsion anthropophage trouva un autre terrain liturgique
où elle put s'exprimer avec moins de retenue: le culte des reliques.
Le culte des reliques s'inscrit dans cette veine de dérivation cannibalique du
dogme chrétien. L' étymologie du mot renvoie à la trivialité inhérente à la matière: les
reliques sont simplement les restes90qui subsiste du corps d'une personne défunte.
Le culte des dépouilles mortelles sont présentes dans la plupart des "sociétés
premières", notamment au travers des rituels cannibaliques, endophages comme
exophages. Mais leur présence se manifeste également sous une forme différente,
destinée à un but différent: assurer une fonction thaumaturgique. Ce qui isole le culte
des reliques à proprement parler du cannibalisme tribal, c'est donc le but assigné à
l'opération.
Car, si le cannibalisme peut aussi receler, dans sa complexité, des significations
thérapeutiques, le culte des reliques ne relève uniquement que de cette seule logique
thaumaturgique. Le principe qui le sous-tend suppose que le contact, l'ingestion, ou la
simple vénération d'un objet ayant fait partie, ou ayant appartenu, à une personne
vertueuse, fait participer de cette vertu. Le procédé est donc une simple mise en
application de la pensée magique, plus précisément de la magie par contagion.
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88T. D'AQUINSomme théologiqueloc. citQuestion 74article 1.
89Ibid.
90du latin"reliquiae "::restes. Au début employé pour désigner tout ce qui subsistait d'un tout matériel
ou moral, mais à partir de Cicéron, le terme signifie fréquemment les cendre ou la dépouille mortelle.
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