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La résistance du savoir populaire sut profiter des lacunes de la réglementation
médicale pour s'y engouffrer et se développer à l'ombre d'une légalité pharmaceutique
qui a rejeté dans l'univers du non-dit, les pratiques thérapeutiques dont elle est elle-
même issue.
Les guérisseurs et les rebouteux en profitèrent pour répondre aux demandes d'un
public qui, méfiant à l'égard d'une science aux prétentions hégémoniques et empreinte
de dogmatisme, se tournait vers un savoir ancestral qui avaitl'avantage de répondre de
façon simple à leur questions existentielles: quel est le secret de la longévité, comment
concocter un filtre d'amour, comment traiter la calvitie, etc...
Pour ne pas risquer de tomber sous le coup de l'exercice illégal de la médecine
ou de la pharmacie, il suffisait de recourir aux traditionnels "ménagiers" ou aux
manuels de la parfaite ménagère qui prirent le relais. Au surplus, pour les préparations
nécessitant des ingrédients à l'accès réglementé, le recours aux épiciers et droguistes
restait possible dans le flou de la définition légale du médicament.
Quant à avoir accès à un diagnostic ou à une préparation toute faite, il était
possible de recourir aux bergers, car vivant littéralement au contact et au rythme de la
nature, ils sont supposés initiés aux mystères végétaux et animaux.
Au surplus, l'exercice illégal de la profession de vétérinaire n'étant pas
reconnu150, les bergers pouvaient sans danger détenir ou composer151des préparations
officiellement destinées aux soins animaux, et fort de leur expérience, les conseiller à
ceux qui viennent à eux. C'est ainsi que le succès des almanachs ou des kalendriers et
composts des bergersvînt compléter celui des ouvrages ménagers.
Mais le recours à cette médication de fortune se fit de plus en plus marginal au
fur et à mesure que progressait l'évangélisation médicale de la contrée sous la férule du
médecin de campagne. On assiste alors à l'avènement du règne sans véritable partage
d'une discipline qui s'est constitué par mélange de la sacralité alimentaire au mythe
scientiste, au sein d'un cocktail qui ne demande qu'une secousse pour développer son
potentiel explosif.
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150Cour d'Appel de Colmar 11.7.1832Répertoire de jurisprudence générale Dalloz XXXIp. 550.
151La détention étant, en pratique, le seul élément -avec le flagrant délit-qui permette de prouver la
matérialité de l'infraction d'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie.
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