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tâtonnants que les guérisseurs établissaient depuis toujours entre la maladie oul'organe
incommodé et la forme ou le milieu de vie des plantes censées les soulager152.
Il établit ainsi une "théorie des signatures" qui pose un axiome de pensée
magique: simila similibus curantur ,qui va à l'encontre de la médecine galiénique,
toute aussi empreinte de pensée magique, qui préconisait de soigner par le contraire.
Si la méthode peut prêter à sourire, les conséquences sont proches des postulats
scientifiques modernes : la plante contient des principes chimiques propres à compléter
ceux des fonctions vitales et pour être utilisables, il doit en être extrait la quinta
essentia. Le principe d'une chimie mise au service de la médecine est donc énoncé dès
la première moitié du XVIe Siècle, pour être immédiatement rejeté comme diabolique.
Cependant Paracelse s'assure tout de même de passer à la postérité, en élaborant
lui aussi une panacée, à base de pavot: le specific anodyn ; tandis qu'il prétendait en
avoir élaboré une qui soit encore supérieure: le laudanum . Le succès considérable du
premier et la légende créée par le second sont la parfaite illustration de l'érection des
psychotropes en idéal de soin.
Dans le même temps, l'apaisement que ces potions dispensent contribue à
développer une étrange idée: celle d'une obligation de résultat reposant sur le médecin.
L'industrie pharmaceutique naissante sut déceler tout l'intérêt pécuniaire de cette
habitude au psychotrope, pour l'alimenter de préparations ad hoc, tout en se
constituant ainsi une renommée qui valait toute légitimation.
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La misère lotophagehante dés le début du XIXe Siècle les rivages des cités
industrielles, recrutant parmi des foules ouvrières fraîchement coupées de leur culture
populaire. Les blessures du corps, les vertiges de la conscience, trouvent un même
refuge auprès du pharmacien que du bistrotier.
La population ne sait que très rarement ce qu'elle achète et s'en moque bien, elle
se contente d'avaler la potion vendue par le pharmacien. C'est le royaume de
l'indistinction. Malgré les textes, le pharmacien reste dans les mentalités un épicier,
auprès de lui on peut acheter le nouvel élixir à la mode: le Laudanumque l'on
consomme en apéritif , l'opium et le haschisch dont on fait des confitures.
152G. FLAUBERTen relate encore la croyance à la fin duXIXe Siècle: "PLANTE--Guérit toujours
les parties du corps humain auquelles elle ressemble."Dictionnaire des idées reçuesMille et une nuits
Paris1994p74.
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