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Le sacré a une double ambivalence. En latin, sacer désigne à la fois
ce qui doit être vénéré et ce qui suscite l'horreur.
Au moyen-âge, on vénérait des dépouilles réputées miraculeuses :
c'était le culte des reliques. A Laon, on montrait quelques gouttes
du lait de la Vierge dans un vase de cristal.143 Ainsi, à la fin du
13ème siècle, l'opinion que le lait est aussi une "nourriture
spirituelle et divine" est extrêmement répandue. "La statutaire
d'une part, mais la littérature également, offrent à toute une société
l'image exemplaire de la mère, de la Virgo Lactans144.
L'allaitement est aussi un acte sacré. Dans la France féodale, "la
transmission biologique du lait maternel devient un acte sacré : la
mère y est l'unique nourricière digne de la glorieuse
progéniture"145.
Le lait maternel, chose "impersonnelle", "désincarné", car séparé du
corps, serait-il une nuisance ?


143 L'Histoire nº135, juillet-août 1990, p. 27

144 "La Vierge de ses doux baisers et de ses tendres
embrassements restaure son esprit ; elle nourrit ce doux
enfant de son lait très pur et blanc que le ciel lui livra".

(Doris Desclais Berkvam, Enfance et maternité dans la
littérature française des 12ème et 13ème siècle, Librairie

Honoré Champion, Paris, 1981, p. 51-53).

145 D. Regnier-Bohler Fictions in une Histoire de la vie privée,
de l'Europe Féodale à la Renaissance, Tome 2, sous la
direction de Ph. Aries et G. Duby, Seuil, Paris, 1985 p.336,
cité par A. Bernard, "Le corps humain, objet du contrat", in

Bioéthique et droit, Paris, PUF, 1988, p. 153.
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